Revenons vite aux vrais problèmes des Français

Publié le par CPPN

Connu seulement de ceux qui s’intéressaient aux réseaux françafricains, Robert Bourgi est, depuis ses surprenantes révélations sur le financement occulte par les chefs d’État africains des proches de Jacques Chirac et du FN, désormais identifié par le grand public. Tous les médias ont consacré des articles à cet homme. Quand je parle de « surprenantes révélations », je ne veux pas dire par là que ce que Bourgi déclare est surprenant en soi, c’est le fait qu’il en parle qui étonne.

 

 Son interview au Journal du Dimanche, publiée le 11 septembre 2011, est parue alors que plusieurs scandales portant sur le financement de la vie politique française ont éclaté suite aux investigations menées par la justice sur l’attentat de Karachi. A cette occasion, les Français ont découvert l’existence de personnalités comme Ziad Takiedine ou Alexandre Djouhri, hommes d’affaires, intermédiaires et négociateurs officieux de la France pour différentes ventes d’armes mais également amis généreux d’hommes politiques de premier plan comme Jean-François Copé ou Brice Hortefeux pour Takiedine ou Villepin pour Djourhi. Alors que certains journalistes de terrain tentent, quand ils ne sont pas censurés, de creuser ces questions, la plupart des émissions de bavardages (faussement qualifiées de « débats ») offrent aux éditorialistes d’énoncer sur le sujet des considérations creuses sur les tactiques des uns et des autres entre deux remarques sur la « présomption d’innocence » et les préventions d’usage sur le risque de tomber dans « le tous pourris » et « le populisme ». Ces considérations lénifiantes n’apportent rien au sujet mais elles illustrent que l’inquiétude des élites médiatiques porte souvent davantage sur la délégitimation d’un système politique dont ils sont proches que sur le niveau de corruption dans la vie politique française et le monde des affaires. Il serait trop long de recenser les émissions ou éditoriaux traitant le sujet sous cet angle mais  la courte chronique d’Olivier Duhamel, le 12 septembre, sur Europe 1, ou  l’éditorial vidéo du 22 septembre de Christophe Barbier sur le site de L’Express représentent bien cette large tendance.

Dans l’interview qu’il accordait au JDD, Robert Bourgi exonérait l’entourage de Nicolas Sarkozy de tout lien avec des financements occultes venant d’Afrique et accusait Jacques Chirac puis Jean-Marie Le Pen d’en avoir bénéficié. Le moment choisi pour effectuer ces révélations laisse penser qu’il s’agit d’un contre-feu organisé, directement ou indirectement, par l’entourage de l’Elysée pour empêcher ses concurrents de droite et d’extrême-droite de capitaliser sur les problèmes rencontrés par Nicolas Sarkozy dans l’affaire de Karachi, question qui alimente – à nouveau ! – les émissions de bavardages. On peut y entendre « s’opposer » ceux qui croient que Bourgi était en service commandé de la Sarkozie et ceux qui pensent qu’il a agit seul, type de débat bien illustré par l’affrontement mollasson auquel se sont livrés Thomas Legrand, Bruno Jeudy et Fabrice Lhomme dans  l’émission de Pascale Clarck sur France Inter, le 23 septembre.  

Il y a quelque chose de particulièrement agaçant à voir des personnes tirant leur légitimité du rôle théorique de contre-pouvoir de la presse, gloser sans cesse sur ce type de sujets sans travailler réellement sur ces dossiers, surtout quand l’information est à portée de main. Ainsi, si certains débatteurs professionnels ont rappelé  le discours de Nicolas Sarkozy lorsqu’il décora Robert Bourgi, le 27 septembre 2007, cette déclaration n’illustre qu’une proximité amicale entre le président et l’avocat. Il serait peut-être davantage intéressant de creuser les mécanismes susceptibles d’avoir permis des financements illégaux venant d’Afrique. Or, les pistes à approfondir et sur lesquelles enquêter ne manquent pas si on est prêt à traiter des questions politiques autrement que via les querelles de personnes et la dimension people.

En mars dernier, je m’étais énervé sur la façon dont les médias dominants avaient traité de l’élection cantonale dans les Hauts-de-Seine, consacrant la plupart de leurs articles aux inimitiés personnelles entre Devedjian, le clan Balkany et Jean Sarkozy. Compte-tenu de l’identité des principaux flingueurs de Devedjian dans cette élection  j’avais émis l’hypothèse que le sujet des réseaux françafricains (notamment via la Société d’économie mixte (SEM) Coopération 92) était peut-être au cœur du lâchage de Devedjian par le premier cercle de la Sarkozie. Ce n’était qu’une hypothèse mais elle me semblait assez logique et j’aurais aimé qu’une rédaction avec plus de moyens que le petit blogueur que je suis y consacre du temps.

Cette hypothèse est accréditée par Patrick Devedjian lui-même dans l’ouvrage « Sarko m’a tuer » (Fabrice Lhomme et Gérard Davet, Stock, 2011), livre globalement intéressant (mais parfois hautement énervant par son corporatisme quand il présente certains journalistes courtisans déchus comme des parangons de vertu et de courage). Si le livre a surtout fait parler de lui pour les confidences de la juge Isabelle Prevost-Desprez reliant directement Nicolas Sarkozy à l’affaire Bettencourt, l’interview du président du Conseil général des Hauts-de-Seine est, elle-aussi, intéressante :

« Impliqués dans divers scandales, les Balkany s’en tirent à chaque fois. Ils bénéficient du soutien présidentiel, constant. (…) Le couple terrible détiendrait-il quelques lourds secrets ? « Oui, la réponse est dans la question » s’amuse Devedjian qui préfère ne pas s’aventurer plus loin. (…) « Le climat est plus que malsain, tranche Devedjian. Serais-je détenteur de secrets potentiels ? Les affaires ici remontent à bien plus loin que Sarko. Je suis persuadé que, durant les trois ans où il a été président [du conseil général], il a mis le couvercle sur la marmite, qu’il a utilisé ça pour sa campagne [Note de CPPN, c’est moi qui souligne], mais qu’il n’y a rien d’autres. En revanche, s’agissant de Pasqua et Balkany… Il y a la fameuse SEM Coopération, avec des affaires très opaques en Afrique. (…) Balkany est proche de l’Afrique ? Oui. Balkany c’est l’Afrique… et le fric ! » ».(p. 339-340)

Parole d’un ancien proche aigri ? C’est possible. Mais pourquoi ne pas vérifier, recouper ou creuser le sujet, pourtant désormais bien connu ?

 

Régulièrement, on entend des hommes politiques ou des journalistes mondains assurer, comme Bernard Kouchner, le 17 juin 2009 : « La Françafrique c’est fini » (citation d’un discours tenu alors que Bourgi et Balkany s’affairaient à l’élection d’Ali Bongo au Gabon). Puis les histoires de mallettes et de financements illégaux apparaissent, les débatteurs professionnels observent ces dossiers en assurant que le système est en train de rendre son dernier souffle, s’alarment de l’aubaine pour « les extrêmes » que représenteraient ces affaires et passent à autre chose, sans demander aux rédactions qu’ils dirigent - à de rares exceptions - de creuser ces questions. Il est vrai que la France n’a plus, en Afrique, l’influence qu’elle avait jadis, ce dont il faudrait se réjouir si cette dernière n’avait pas été remplacée par celle  d’autres États. Mais il est illusoire de penser que ce système ne mettra pas encore des décennies pour disparaître ou de penser que les réseaux de corruption ne concernent que ce continent. Encore faut-il être prêt à travailler sur ce sujet.

A la fin de son éditorial vidéo cité plus haut, Christophe Barbier espérait que la vérité serait rapidement faite sur ces affaires pour qu’on puisse enfin se « pencher sur les vrais problèmes des Français ».

 

 L-express.JPG

 

Oh oui, vivement !

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CPPN 30/04/2012 17:40

Alors que Mediapart vient de sortir un document qui prouverait que Kadhafi a financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, Christophe Barbier intervient pour déclarer que cette affaire est
"ridicule" (pourquoi ? parce que !) et pour la banaliser en la comparant au retour de DSK, autre "affaire" selon lui. Enfin il appelle les candidats à ne pas traiter de ces sujets pour donner de la
hauteur à la campagne et parler des vrais problèmes des Français.

On en revient toujours là.

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/video-mediapart-et-kadhafi-dsk-et-dray-a-qui-profitent-les-affaires_1109800.html

mad 28/09/2011 17:34


Chiche. mais pour l'avenir seulement, je suis pas abonné :)


CPPN 28/09/2011 17:39



Tu peux aussi t'amuser à faire un comparatif depuis les revues en bibliothèque si le sujet te passionne.



mad 28/09/2011 15:29


et tu n'a pas poussé le vice jusqu'à vérifier qu'il ne remettaient pas les mêmes articles sous la couverture?


CPPN 28/09/2011 15:55



Non, je ne vais quand même pas, en plus, me taper les articles des dossiers Franc-Maçon. Mais si tu es volontaire et que tu as envie de faire une étude comparée des différents dossiers, je te
publie ici-même.



mad 28/09/2011 11:10


j’adore le montage final ;)
(immobilier et franc maçons, comme chaque année à la même époque...)


CPPN 28/09/2011 13:54



Non, c'est Le Point qui le fait toujours à la même époque le dossier Franc-maçon. Je crois que L'Express c'est un peu n'importe quand.



BFR 27/09/2011 10:06


Emissions de bavardage, je retiens la formule qui est très exacte.