Pas de ça chez nous !

Publié le par CPPN

Il y a quelques semaines, Caroline Fourest avait consacré une de ses chroniques du Monde au droit de vote des étrangers, texte dans lequel elle faisait encore un usage immodéré de son « Oui mais » caractéristique que j’avais un peu étudié sur le cas de la crise grecque. Pour faire court, son texte aurait pu se résumer à OUI il est généreux d’envisager de donner le droit de vote aux étrangers MAIS il ne faut pas le faire. Décortiquer ce texte m’avait fortement démangé, surtout à cause du passage où elle instrumentalise, d’une façon que j’ai trouvé profondément malhonnête, la question de la citoyenneté et de l’appartenance à la nation à l’époque de la Révolution française. Quand on se souvient que les députés Marat et Thomas Payne étaient respectivement Suisse et États-unien et que le mot nationalité n’est apparu qu’au début du XIXème siècle, on peut juger qu’invoquer la Révolution française pour justifier le lien entre citoyenneté et nationalité est assez gonflé, ou alors la Révolution française invoquée est celle de la période paranoïaque de la Terreur voyant des agents de l’étranger partout.

Malheureusement, je n’avais pas eu le temps de traiter de cette question (travail, vie de famille, tout ça tout ça). Pierre Tévanian, du collectif LMSI, a, lui, pris le temps de le faire (et brillamment de surcroît) et comme il n’est pas à une charmante attention près, il me cite dans son article.

 

C’est  

 

Et donc :

 

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Compte tenu de ce que j’ai lu de Caroline Fourest depuis bientôt dix ans, cette opposition (mal assumée) au droit de vote des étrangers ne m’étonne pas. Beaucoup de ses textes passés me laissaient supposer qu’elle y serait hostile. En effet, Caroline Fourest (tout comme sa compagne et co-auteur régulière Fiammetta Venner) a, à plusieurs reprises, évoqué ses craintes concernant l’expression politique des populations musulmanes, quasiment toujours vue comme un pas vers le développement de l’islamisme en France. Les étrangers non-communautaires qui pourraient disposer du droit de vote venant, pour beaucoup, de pays où la population est majoritairement musulmane, un tel droit de vote devait logiquement l’inquiéter.

Dans sa fameuse chronique du Wall Street Journal du 2 février 2005 intitulé « The War For Eurabia », Caroline Fourest déclarait : « En Europe, [Les islamistes] tirent avantage de la liberté d’expression et de la démocratie tout comme de l’échec des Arabes à s’intégrer. Ici, ils recrutent comme bon leur semble. […] L’Occident est utilisé comme un formidable camp de base pour recruter de nouvelles troupes. Avec elles, les islamistes espèrent prendre leur revanche en Orient ». Ce propos, destiné à la frange la plus conservatrice du lectorat US, était plus violent que les textes destinés à son lectorat de gauche en France qui s’accompagnent souvent de nuances où elle assure qu’elle croit à la capacité de résistance à l’islamisme des musulmans vivant en France. Il va pourtant dans le même sens que ce qu’elle écrivait dans son livre « Frère Tariq » : « Tariq Ramadan sait que l’avenir de l’islamisme ne se joue pas en Orient mais en Occident. Alors que l’islamisme rencontre de sérieux contre-feux au Maghreb et au Machrek, du fait de la répression étatique ou de la mobilisation de la société civile, l’Occident et ses droits de l’homme offrent un sanctuaire d’où l’on peut faire grossir les troupes de l’islamisme et préparer la revanche. » (« Frère Tariq, discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan », Caroline Fourest, Grasset, octobre 2004, p. 305, dans le chapitre intitulé « L’Occident comme terre de « collaborations » », rien que ça). C’était l’époque où Caroline Fourest trouvait quelques vertus aux régimes arabes autoritaires affichant leur résistance à « l’islamisme », une époque pas si lointaine puisque moins de deux mois avant que la révolution tunisienne n’éclate, elle écrivait dans Le Monde qu’il fallait penser à séculariser les États musulmans avant de penser à les démocratiser

Et qui dit montée de l’islamisme, dit, pour Fourest, une réaction favorable au FN. Ainsi, récemment, sur son compte Facebook, Caroline Fourest s’emportait contre le vote des Tunisiens vivant en France qui avaient voté dans des proportions comparables au reste de la population tunisienne pour le parti Ennahda et y voyait une aubaine pour le Front national.

 

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La co-auteure régulière de Caroline Fourest, Fiammetta Venner, avait également imputé en partie la défaite de Lionel Jospin à l’élection présidentielle de 2002 au vote des citoyens français d’origine arabe dans le livre qu’elle avait consacrée à l’UOIF : « Le 5 mai 2002, Jacques Chirac est réélu président de la République avec plus de 82 % des voix. (...) Le soir même, sur la place de la République, des dizaines de milliers de Français viennent exprimer leur soulagement et leur joie devant la tribune de Chirac. Beaucoup sont d’origine maghrébine. Les caméras immortalisent cette adhésion au candidat de la droite. Un homme connu pour sa politique étrangère pro-arabe, tandis que son adversaire socialiste Lionel Jospin avait reçu des pierres en Palestine pour y avoir qualifié le Hamas de mouvement terroriste. (Note de CPPN : en fait Jospin avait parlé du Hezbollah, organisation qui n’est pas classée comme une organisation terroriste par l’Union européenne) ». (« OPA sur l’islam de France, les ambitions de l’UOIF », Fiammetta Venner, Calmann-Lévy, avril 2005. p. 193.)

En octobre 2008, après que la Marseillaise a été sifflée au Stade de France par les supporters tunisiens à l’occasion d’un match amical, Caroline Fourest s’était associée, dans sa chronique de France Culture du 17 octobre 2008, à la horde des éditorialistes qui y avaient vu le symbole de l’intégration ratée des populations maghrébines vivant en France. Un supporter de foot avec un peu de mémoire aurait pu rappeler que les sifflets de la Marseillaise avaient été tout aussi virulents lors du match amical du 25 avril 2001 au Stade de France opposant la France au Portugal et que personne n’avait glosé sur le problème d’intégration des Portugais en France. Mais il n’est pas nécessaire de connaître un sujet ou d’avoir de la mémoire pour traiter d’une actualité quand elle permet, quitte à tordre un peu les faits ou à les surinterpréter, de valider ses présupposés.

Bref, influencés par l’islamisme, mal intégrés à la population française et faisant progresser le FN, on comprend qu’avec de telles représentations, Caroline Fourest soit relativement hostile au vote des étrangers. Elle partage les grandes lignes de l’opposition à ce vote d’un Arno Klarsfeld, avocat franco-israélien nommé Président de l'Office français de l'immigration et de l'intégration par Nicolas Sarkozy malgré des compétences douteuses, qui s’est répandu dans les médias sur ce sujet pour dénoncer le vote du Sénat  ou applaudir les arguments de Claude Guéant.  Les arguments et le manque d’intelligence de la prestation d’Arno Klarsfeld, invité par Yves Calvi sur ce sujet, avaient été raillés par Didier Porte dans sa chronique du 16 décembre sur le site d’Arrêt sur image (première partie de la chronique). Les extraits de l’intervention de l’ex-compagnon de Carla Bruni sélectionnés par l’humoriste sont éloquents.

 

 

Caroline Fourest mène une bataille idéologique comparable à celle de Klarsfeld mais en n'affichant pas la même bêtise et en se revendiquant de la gauche, une position sur le spectre idéologique français qu’elle martèle mais que ses arguments démentent.

Une fois de plus.

 

 

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CPPN 05/01/2012 07:54

Sur son blog, Caroline Fourest transmet ses vœux à ses lecteurs et joue à Caliméro : http://carolinefourest.wordpress.com/2012/01/04/en-2012-jachete-une-cotte-de-maille/

Fidèle à elle-même, elle en profite pour tresser ses louanges (on n'est jamais si bien servi que par soi-même) et assimile l'ensemble des critiques qui lui sont faites comme émanant d'un même
ensemble ou appartenant à une même logique : "J’aime quand les grandes inspirations se mélangent. De Boniface au FN, en passant par Didier Lestrade et Riposte laïque, je sens qu’au fond, un certain
courant passe…". Assimiler Didier Lestrade et Pascale Boniface au FN au prétexte qu'ils lui font des reproches, c'est, comme souvent, d'une honnêteté intellectuelle stupéfiante.

En fin d'article, elle invite ses détracteurs à cesser de s'en prendre à elle et à s'attaquer à des cibles censées être plus dangereuses : Tariq Ramadan et Marine Le Pen. Je ne pense pas qu'il soit
nécessaire d'être un héros pour s'attaquer à Caroline Fourest, mais dans le monde médiatique, s'en prendre à Tariq Ramadan ou Marine Le Pen c'est être à peu près aussi iconoclaste (et aussi risqué
professionnellement) que de réclamer une diminution des dépenses de l'État. Bien sûr, cet argument ne sert pas à autre chose qu'à, une fois de plus, vanter son propre mérite de s'attaquer (elle !)
aux vrais sujets importants et de prendre de vrais risques. Elle utilise donc la même méthode que nombre de chroniqueurs "politiquement incorrects" qui assurent partout que ce qu'ils disent n'est
jamais dit nulle part ou qui certifient qu'ils sont marginalisés alors que leur aura médiatique s'accroît (sans atteindre cependant le niveau d'un Eric Zemmour, LE spécialiste de l'exercice).

Banal (mais agaçant) exercice d’auto-héroïsation et tir préventif malhonnête contre ses adversaires désignés. En 2012, Caroline Fourest n’a pas pris de bonnes résolutions.

quidam 22/12/2011 19:30

Très bon article de Tévanian et joli ajout, merci !