Les jolies vacances de Philippe à New York

Publié le par CPPN

Le 29 août, France Inter faisait sa rentrée. A cette occasion, son directeur, Philippe Val, venait annoncer en direct, dans la Matinale, les grands changements prévus pour cette saison 2011-2012, saison qui pourrait bien être sa dernière à la tête de la station. En effet, si l’actuel président de la République venait à perdre la prochaine élection, le nouvel occupant de l’Elysée pourrait souhaiter, dans le même temps, renouveler la domesticité d’État ; il y a eu des précédents.

Ce matin là, émergeant difficilement, avec un mug de café à la main, j’écoutais mollement la preuve vivante que la servilité et le reniement payent s’enthousiasmer tout seul sur sa nouvelle grille de programme et présenter comme une grande innovation l’installation d’une émission de débat avec Jacques Julliard et Jean-Marie Colombani, éditorialistes qui pontifient pourtant depuis le Mésozoïque. Et puis, soudain, je percevais dans la voix de Philippe Val une sorte d’émotion nouvelle, un gloussement inhabituel, et je tendais l’oreille : qu’allait-il annoncer qui le mettait tout d’un coup dans un état pareil ? La voix émue, le directeur de la principale radio d’État française annonçait que, le 9 septembre, France Inter allait se délocaliser intégralement à New York pour une journée spéciale consacrée à la commémoration des attentats du 11 septembre 2001 (LE 11-Septembre ou 9/11 – naïnéléveune – comme on dit chez Pascale Clark).

Joie !

 

Bonheur !

 

Félicité !

 

Je le connais bien mon Philou. Je savais à sa voix qu’il nous prévoyait un feu d’artifice d’américanolatrie servile, d’atlantisme décomplexé, d’obamaphilie torride et moite. J’imaginais Philippe Val, le visage tuméfié de désir, comptant les jours, les heures, les minutes le séparant de son grand déplacement à New York.

 

http://a4.idata.over-blog.com/220x299/0/51/65/79/M6/gendarme2.jpg

 J’ai écouté la majeure partie des émissions de cette journée spéciale et je dois dire que le résultat correspondait en tout point à mes attentes. Il faut dire que Philippe n’a pas lésiné sur les moyens. Tout d’abord, il a écarté tout ceux dont il ne voulait pas qu’ils lui pourrissent son beau voyage, à commencer par l’équipe de « Là bas si j’y suis ». La non participation de l’une des dernières émissions de la station qui – quoi qu’on pense de certains de ses raccourcis et de l’agaçante tendance à l’autopromotion de son équipe et de ses auditeurs – ne va pas dans le sens de la doxa habituelle montrait bien que Philippe Val ne voulait voir qu’une seule tête lors de sa belle journée à New York et entendait cadenasser le contenu éditorial. Aussi, il n’était pas question de payer le déplacement à l’équipe de cette émission honnie que, le 14 septembre 2007, alors qu’il n’était encore que chroniqueur sur la station, Val avait présenté, avec son sens de la mesure habituel,  comme crypto-benladeniste.

De même, les comiques de l’antenne ont été priés de faire jouer leurs RTT, pas question de déranger le sérieux des émissions avec de mauvaises blagues. Quand je parle des comiques qui n’étaient pas invités, je parle bien évidemment des comiques volontaires. Patrick Cohen, Bernard Guetta, Pascale Clark et autres Guillaume Erner étaient, eux, bien du voyage et, comme toujours, hilarants.

Ensuite, Philippe avait trouvé un joli nom à sa journée spéciale : « la Démocratie face au Terrorisme ». Ca sonne bien. C’est complètement con comme titre mais ça sonne bien. Et au cas où la dimension manichéenne aurait échappé à certains auditeurs distraits, il lança une publicité interne sur France Inter, passant plusieurs fois par jour, qui jonglait avec les gros concepts avec la même virtuosité que Val à l’époque où il rédigeait les éditos de Charlie Hebdo :

 

(Fond musical avec des hurlements de sirènes et des appels radios en anglais donnant une ambiance d’urgence et d’alerte)

(Voix masculine) : Comment les Démocraties peuvent-elles lutter efficacement contre le Terrorisme sans renier leurs principes ?

(Voix féminine) :Comment venir en aide à ceux qui, confrontés à la Barbarie, luttent pour la Démocratie ?

(Voix masculine) : Tout au long de la journée : débats, témoignages et émissions spéciales avec des invités de tous les horizons…

(Voix féminine) :…et à 20 heures, concert exceptionnel de Patti Smith en direct du Webster Hall.

(Voix masculine) : France Inter en direct de New York !

(Voix féminine) : 18 heures de passion pour la Liberté…

(Voix masculine) :… dix ans après le jour qui a changé le monde.

 

Tout est là !

 

LA Démocratie (présentée comme un tout homogène et qui s’observe notoirement mieux depuis New York) s’oppose à LE Terrorisme (présenté non pas comme une méthode ou un crime mais comme un système unifié et opposé à LA Démocratie). Ceux qui luttent contre LE Terrorisme luttent contre LA Barbarie (qui est l’opposé de LA Civilisation) et pour LA Démocratie. France Inter, qui est une radio gentille, a évidemment une sainte horreur de LE Terrorisme et a donc une passion pour LA Liberté (au moins pendant 18 heures). Le spot se conclut sur ce lieu commun propagé par l’administration Bush et repris par tous par la suite selon lequel les attentats du 11 septembre 2001 avaient changé le monde. Cette fausse évidence, hautement contestable, servit, notamment, à délégitimer les tenants des « anciennes » idéologies progressistes, libertaires ou socialistes, qui n’étaient plus en phase avec les « nouvelles » réalités.

On a pu constater que ce cahier des charges, posé dans l’autopromotion diffusée sur Inter, a été respecté à la lettre par les présentateurs des émissions.

Concernant la condamnation des « anciennes » idées ou postures, au lendemain du premier anniversaire du « 11-Septembre », dans le Nouvel Observateur, François Giroud avait écrit dans sa chronique : « Les vieilles postures gauchistes collent mal à la situation de l’après-11-septembre. » (26 septembre 2002), elle ne fut pas la seule à défendre ce type de position [1]. En écho, sur France Inter, ce 9 septembre, Jean Lebrun présentateur que Philippe Val avait emmené dans ses bagages à New York déclarait au cours d’un débat où, comme à son habitude, il interrompait tous ses invités : « En fait, le 11-Septembre, c’est l’enterrement de la génération contestataire née au Vietnam ». Le monde a changé alors cassez-vous les hippies !

http://womenarefrommars.files.wordpress.com/2011/07/cartman-hippies.jpg?w=400&h=282

 L’avènement d’un monde « nouveau » né du « 11-Septembre » avait également servi à justifier de « nouvelles pratiques » qui n’étaient que la remise à jour des vieilles techniques de la contre-insurrection présentée sous un nouveau vocabulaire : « interrogatoire musclé » ou « coercition » pour torture ; « transfert extraordinaire » (extraordinary rendition) pour déportation dans une prison illégale ; « combattant ennemi » pour saloperie de felouzes qu'on va travailler à la gégène… etc. Des pratiques et un vocabulaire de plus en plus complaisamment admis par des éditorialistes ou des hommes politiques,  y compris en France.

Cette question fut évidemment traitée dans la Matinale d’Inter en direct de New York ce 9 septembre. Après tout, elle correspondait à la problématique « Comment les Démocraties peuvent-elles lutter efficacement contre le Terrorisme sans renier leurs principes ? » des spots de publicités. Invité de la Matinale, Robert Malley, l’ancien conseiller de Bill Clinton et directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’International Crisis Group (think tank du milliardaire George Soros qui compte également l’ex commandant suprême de l’OTAN Wesley Clark ou la journaliste française Christine Ockrent dans ses rangs), fut bien évidemment interrogé sur ce sujet par le présentateur Patrick Cohen. Il balaya la question d’un revers de main : « Il y a ces légères atteintes aux droits civils, moins graves que ce que l’on a dit, mais il est vrai que certaines libertés ont été égratignées ». « Egratignées », Robert Malley montrait que sa parfaite maîtrise du Français inclue l’usage de l’euphémisme. Toujours gentil avec ses invités, Patrick Cohen ne contesta pas et passa à un autre sujet. Le sujet semblait clos quand, dix minutes plus tard, l’éditorialiste social-libéral Thomas Legrand, troublé par le jet-lag ou par le fait d’être dans la ville où DSK avait perdu toute chance de devenir président, eu l’impudence de revenir sur le sujet : « On ne comprend pas pourquoi Barack Obama ne parvient pas à fermer Guantanamo ou à réformer le Patriot Act » (question sous-entendant que dans l’esprit de Thomas Legrand – et il n’est pas le seul éditorialiste dans ce cas – Barack Obama veut changer les choses mais il ne peut pas… vieux tour de passe-passe des Démocrates US ou des membres du PS pour justifier leurs renoncements). Robert Malley se contenta de répondre que l’opinion publique US ne le permettrait pas et Bernard Guetta cloua le bec de son jeune et impertinent collègue et clôt le débat d’un goguenard « Et puis que ferait-on des détenus ? ». C’est vrai ça, s’il les aime tant que ça les jihadistes, Thomas Legrand, il n’a qu’à les prendre chez lui ces pourritures de fellaghas !

 

Le sujet des techniques à la disposition de LA Démocratie pour lutter contre LE Terrorisme fut de nouveau abordé par Guillaume Erner, une heure plus tard, dans l’avant propos de son émission, la très mal nommée Service Public. Revenant sur la déclaration de Barack Obama lors de l’annonce de la mort de Ben Laden - « Justice has been done ! » - il estimait que cette déclaration avait choqué en Europe (oubliant que  beaucoup de journalistes et dirigeants français s’en étaient très bien accommodés) en raison des différences culturelles entre les États-Unis et le vieux continent. Loin de dénoncer les exécutions extrajudiciaires, le journaliste passait le problème sous le tapis du différencialisme culturel, indiquant que les États-uniens manquaient de confiance dans leur nation et leur État et, sentant leurs deux existences perpétuellement menacées, voulaient donc que les peines prononcées soient toujours extrêmement dures, voire létales, afin de supprimer toute menace (les délits et crimes étant vus comme des menaces existencielles) avant qu’elle ne les supprime. En fait, le problème des dirigeants US, c’est que ce sont des grands nerveux (quand on tue des gens parce qu’on a peur mais qu’on est classé comme « démocrate » on est un grand nerveux, quand on fait la même chose en étant classé comme « dictateur » on est un paranoïaque sanguinaire).

 

Bref, en cette belle journée sur France Inter, la grande question du respect des droits dans la lutte contre LE Terrorisme s’accompagna toujours d’une minimisation des atteintes aux Droits de l’Homme et de justifications de ces « petits » écarts. Il était certes admis que l’administration Bush avait commis de nombreuses erreurs mais ces dernières étaient systématiquement présentées comme appartenant au passé.

 

Ces petits commentaires légitimant ou excusant les exactions de la « guerre au terrorisme » furent entendus au milieu d’un océan d’interviews ou de débats louant LA Démocratie, et surtout la démocratie états-unienne, comme ce débat où Jean Lebrun demanda à ses invités (des intellectuels états-uniens francophones) si « Les États-Unis avaient encore les moyens d’être un empire bienveillant ? » (l’expression « empire bienveillant » - traduction littérale de Benevolent empire  - fut employée sans la moindre trace d’ironie et à plusieurs reprises). Le matin c’était le romancier et entrepreneur français Antoine Bello, vivant à New York où il se trouvait déjà le jour des attentats, qui se répandait sur les merveilles du système états-unien. On ne s’étonnera pas que Bello, qui soutint la candidature de Nicolas Sarkozy en 2007 au nom de la lutte contre les « rigidités » de l’économie française (à commencer par le Code du travail ou les systèmes de protections sociales), ait une préférence pour le système US par rapport au Français. Détail amusant, Antoine Bello est le fondateur de la société Ubiqus, entreprise dont la principale activité est l’envoi de rédacteurs pour rédiger des procès-verbaux de réunions dans les entreprises, PV souvent facturés aux Comités d’entreprise gérés par des salariés, la plupart du temps syndiqués. Dans ses démarchages de clientèle, Ubiqus s’abstient sans doute de rappeler les idées du patron.

 

Après plusieurs heures d’écoute des émissions de la journée spéciale, j’avoue que je n’ai pas eu le courage de m’infliger les « grands débats » du soir, l’écoute préalable des émissions de « débat » précédentes ayant trop érodé ma résistance pour que je puisse supporter la crispante complaisance coutumière d'un François Busnel, animateur de la tranche 18h-20h. En temps normal, j’aurais peut-être écouté avec un plaisir masochiste le « débat » du soir avec Jean-Marie « Nous-sommes-tous-américains-et-même-que-Colin-Powell-m’a-félicité-pour-avoir-écrit-ça » Colombani et Saïd Saadi, « opposant démocrate » algérien plus que toléré par les généraux algériens dont il a toujours applaudi les options les plus éradicatrices depuis 1991. Mais là, j’avais mon compte. La liste des invités « de tous les horizons » (on ne rit pas, si la pub le dit, c’est que ça doit être vrai… au moins géographiquement ; sociologiquement ou idéologiquement on y pensera une autre fois) participant à ces débats me laissent penser que la teneur des échanges n’a pas dû grandement différer de ceux entendus le matin.

 

Avant le début de chaque émission, France Inter avait choisi de diffuser le témoignage d’un proche d’une victime d’un attentat terroriste, victime à qui l’émission qui suivait était dédiée. Les victimes n’avaient pas nécessairement été tuées lors des attentats du 11 septembre 2001 et les proches de victimes de l’IRA, de l’ETA ou d’attentats attribués à des islamistes se succédaient. Outre une bonne dose de pathos, ces encarts permettaient d’amalgamer, comme l’avait fait la station dans ses spots de publicité, l’intégralité des actions terroristes dans un grand ensemble : pas d’éléments contextuels, pas de mise en perspective historique, même pas de définition, simplement des amalgames et une dramatisation à outrance ; c’est la façon dont France Inter prétend rendre un « service public ». L’émission « La Marche de l’Histoire », de Jean Lebrun, avait préparé le terrain toute la semaine précédant la journée spéciale en consacrant toutes ses émissions de la semaine au terrorisme. Cette série d’émission qui devait servir de caution intellectuelle au grand barnum du vendredi 9 commençait pourtant bien mal puisque, le lundi 5, lors de la première, Lebrun amorçait le programme en annonçant qu’il ne définirait pas son objet d’étude : « Aujourd'hui, on va utiliser le mot terroriste comme un adjectif. On évitera ainsi l'usage prématuré du substantif terrorisme. Le mot est piégé tant les définitions qu'on peut en proposer varient selon les points de vue et les époques. ». Ce mot « piégé » était pourtant largement utilisé sur la chaîne dans les publicités et les annonces de la journée spéciale mais Lebrun décida de ne pas le définir, une position qu’il maintint toute la semaine avec une belle constance. Pourtant, par le choix de ses objets d’études de la semaine, il définissait bel et bien le terrorisme –sans l’assumer ou sans s’en rendre compte lui-même– optant pour la position défendue par les États occidentaux : il n’est de terrorisme que non-étatique. Une position qui est loin de faire l’unanimité internationalement, de nombreux États assimilant – à juste titre selon moi – les attaques visant sciemment des populations civiles pour les soumettre à du terrorisme, y compris quand elles sont orchestrées par une armée ou un État. Jean Lebrun est loin d’être isolé dans sa définition par défaut du terrorisme et son approche unifiant ces pratiques dans un vaste mouvement unifié. Il y a une quasi-unanimité médiatique sur ce point. Je reviendrais sur ce seul sujet très prochainement dans une longue série de billets (oui, je sais, je tease).

 

La série d’émission de « La Marche de l’Histoire » consacrée « au » terrorisme s’est conclue, ce vendredi 9, par une émission consacrée à « La Mémoire du 11 septembre » où Lebrun et son invité, l’historien états-unien Edward Berenson, assuraient, contre toute évidence, que, dès le lendemain du « 11-Septembre », la mémoire collective mondiale avait assimilée spontanément les morts de ces attentats à des victimes de guerre, oubliant les efforts de l’administration Bush pour les présenter comme telles, ce que j’avais déjà décrit dans un précédent billet. La propagande n’existe pas. Déjà, la veille, dans l’émission consacrée aux « démocraties et la lutte antiterroriste » la question de la torture avait été à peine évoquée. Si on s’en tient aux émissions de Lebrun et d’Inter, il y a décidément bien peu de choses à reprocher aux gouvernements occidentaux…- pardon ! - démocratiques qui, confrontés à une menace colossale, font du mieux qu’ils peuvent dans le plus grand respect possible des droits des citoyens. Circulez, il n'y a rien à voir !

Craignant peut-être que cette journée n’apparaisse trop brutalement pour la longue opération idéologique qu’elle était, la radio accompagna ces programmes d’un concert spécial de Patti Smith afin de donner un vernis branchouille et vaguement contestataire à des émissions et un propos qui ne l’était jamais. Vous voyez, on n’a pas une vision si cadenassée que ça, on fait chanter Patti Smith. J’aime bien cette chanteuse et il est vrai que ses positions contre la guerre du Vietnam, la guerre d’Irak ou l’attaque d’Israël contre le Liban en 2006 furent sans ambiguïté mais souvent naïves, naïveté qui l’a amenée à se faire récupérer plus d’une fois. Compte tenu du reste de la teneur des émissions, elle apparaissait, comme lorsqu’elle chantait dans la campagne de John Kerry en 2004, comme un alibi inconscient du rôle qu’on lui faisait jouer. Le côté pseudo-contestataire des programmes s’appuya également sur l’utilisation d’un habillage musical diffusé toutes les heures utilisant comme jingle l’interprétation de l’hymne US par la guitare saturée de Jimi Hendrix. Mais là où Hendrix, en pleine guerre du Vietnam, s’amusait à Woodstock à désacraliser l’hymne en l’interprétant à la guitare électrique en distordant les notes, son utilisation entre deux émissions aux vues étriquées et autocélébrant la « démocratie occidentale » sonnait davantage comme une musique propagandiste ancienne remise aux goûts de l’époque.

 

Je me demande ce que je reproche le plus à cette « journée spéciale » : son discours validant tous les lieux communs de la guerre au terrorisme depuis sa remise à la mode version Obama ou son hypocrisie consistant à valider des options réactionnaires ou belliqueuses en se cachant derrière le parrainage de figures historiques de la contestation de la guerre du Vietnam.

 

Attendez un instant !

 

Balancer des idées bien rances tout en s’abritant derrière une icône associée à la gauche.

Ca me rappelle quelque chose.

Ce ne serait pas l’ancien directeur de Charlie Hebdo qui aurait pris la tête de France Inter ?

 

http://www.alterinfo.net/photo/art/default/1776218-2413607.jpg?v=1290016790

 

[1] Pascal Bruckner profita également de la "nouvelle" situation pour régler ses comptes avec le mouvement altermondialiste : « depuis le 11 septembre, la rumeur ne cesse d'enfler qui nous appelle, nous les repus, les gavés, à la pénitence, à la flagellation. On voit les chaisières du tiers-mondisme et de l'anticapitalisme ressortir leurs bréviaires. (…) On nous expliquera peut-être demain que, si la taxe Tobin avait été adoptée, Ben Laden aurait retenu ses kamikazes... » (« Tous coupables ? », Le Monde, 25 septembre 2001) ; tout comme Alain Finkielkraut : « Trois semaines ont passé depuis le 11 septembre et déjà la stupeur se dissipe, l'examen de conscience succède à l'épouvante. A peine entrons-nous dans la période du deuil que la pensée progressiste s'affaire à instruire le procès de la puissance américaine. » (« Déconcertant progressisme », Le Monde, 08 octobre 2001). Le « 11-Septembre » marquait pour certain la preuve de l’unité des mouvements « antimondialistes » et de « l’islamisme », voire du léninisme dans une vaste coalition ennemie. Dans Le Figaro, le directeur d’Harrison & Wolf Corporate assurait qu’en « s’attaquant à un tel symbole [Le World Trade Center], les terroristes rejoignent le discours des anti-mondialistes dont la parole est devenue omniprésente pour dénoncer la tyrannie consumériste. Cet acte rappelle à sa manière que l’oppression dont souffrent certains pays est aussi de nature économique » (Le Figaro économie, 13 septembre 2001), Alain Gérard Slama estimait que « depuis les poseurs de bombes antimondialistes [Note de CPPN : en fait il s’agissait d’indépendantistes bretons]qui tuèrent l’an dernier la jeune employée d’un McDonald’s breton jusqu’aux organisateurs du nouvel Pearl Harbor se dessinent les contours d’une même internationale de la haine » (Figaro Magazine, 15 septembre 2001). N’hésitant pas à manier l’anachronisme, le conservateur général du patrimoine, Jean Clair, assurait que les terroristes du « 11-Septembre » avaient réalisé le rêve des Surréalistes, associant ainsi dans un grand tout Aragon, Breton, une partie de la gauche française et Oussama Ben Laden (« Le surréalisme et la démoralisation de l'Occident », Le Monde, 21 novembre 2001).

Commenter cet article

CPPN 14/09/2011 20:03


Je viens de tomber par hasard sur un article de Télérama présentant les coulisses de la journée spéciale d'Inter à New York et qui a été publié avant le déroulement de la journée spéciale:
http://www.telerama.fr/radio/france-inter-a-new-york-une-journee-tres-speciale,72709.php

L'article, fort peu critique, illustre ce que j'imaginais : Un Philippe Val qui estime que "cette spéciale est, ni plus ni moins, une façon de défendre la démocratie face au terrorisme" (je cite
l'article) et qui, n'ayant pas peur du ridicule déclare à une troupe de journalistes et présentateurs fatigués par le décalage horaire : « Nous nous apprêtons à vivre une journée historique, le mot
n'est pas exagéré. (...) Nous ne serons sans doute plus tout à fait les mêmes à la fin de cette journée… ». Discours qui lui vaut de se faire applaudir ! Misère de la courtisanerie...

Ce type se croit vraiment en croisade démocratique et, là, il avait emmené son équipe en pèlerinage.

Toujours concernant Philippe Val, on m’a signalé qu’une vidéo circule(rait) sur Internet où, dans une conférence de rédaction à l’époque de Charlie Hebdo, il déclare(rait) que les musulmans n’ont
qu’un quart de cerveau. Visiblement, cette vidéo a été effacée et je ne la trouve nulle-part, tous les liens disponibles renvoyant vers des pages effacées. Si cette déclaration se vérifie, elle n’a
rien d’étonnant, le directeur de France-Inter ayant déjà affiché son mépris pour les populations arabes et/ou musulmanes à de multiples reprises. Je rappelle une de ses fameuses citations pour
mémoire : « Si l’on regarde une carte du monde, en allant vers l’est : au-delà des frontières de l’Europe, c’est-à-dire de la Grèce, le monde démocratique s’arrête. On en trouve juste un petit
confetti avancé au Moyen-Orient : c’est l’État d’Israël. Après, plus rien, jusqu’au Japon. (…) Entre Tel-Aviv et Tokyo règnent des pouvoirs arbitraires dont la seule manière de se maintenir est
d’entretenir, chez des populations illettrées à 80 %, une haine farouche de l’Occident, en tant qu’il est constitué de démocraties. » (Charlie hebdo, 26 juillet 2006, dans un édito favorable à
l’agression israélienne contre le Liban). Cependant, j’aimerai bien me faire une idée par moi-même. Aussi, si vous avez sous la main un lien qui fonctionne vers cette vidéo, merci de me le
communiquer, ça m’intéresse.


CPPN 16/12/2011 12:48



Finalement, la vidéo de Philippe Val était un montage malhonnête du documentaire de Daniel Leconte "C'est dur d'être aimé par des cons", la vidéo prenant un bout de phrase hors contexte d'une
conférence de rédaction.


Cela n'enlève rien à ce que Philippe Val a pu déclarer sur ce sujet par ailleurs mais, pour le coup, c'était une manipulation.



BFR 12/09/2011 14:20


Un retour en pleine forme, donc !


CPPN 12/09/2011 14:31



Merci !



Mehdi 11/09/2011 09:47


J'ai lu tout l'article. Je regrette une seule chose. Si l'on comprends bien que tu ne partages pas (pour le dire gentiment)la manière d'analyser le 11 Septembre de France Inter, j'ai l'impression
que tu te gardes bien d'expliquer ce que toi tu en penses, pour confronter ton point de vue à ceux des intervenants de cette journée marathon "Mon anus & ma fierté pour l'Amérique !" organisée
par Vall (qui a besoin d'une greffe).


CPPN 11/09/2011 11:27



C'est prévu mais comme expliquer ma position sur la question "du" terrorisme est extrèmement long, je vais le faire sur plusieurs billets dont le premier sera publié aujourd'hui ou demain.