Les guerres sont « naturellement » soutenues par l’opinion

Publié le par CPPN

Nous subissons actuellement un déferlement cocardier de Unes tapageuses et de commentaires enthousiastes sur la guerre à laquelle participe la France, sous commandement états-unien, en Libye. La presse fait ses gros titres sur le sujet et s’enthousiasme pour l’action de l’armée française, oubliant que sur le terrain elle n’est qu’un supplétif aux ordres. Ces bombardements sont présentés comme la conséquence inéluctable de la situation engendrée par la répression des troupes du colonel Kadhafi contre ses opposants et la réaction des armées occidentales est rendue « naturelle » par les commentaires des hommes politiques et des analystes. Si « naturelle » que les autres options qui auraient pu être envisagées (comme une tentative de médiation internationale par l’ONU en amont) et les arrières pensées des États intervenant (qui s’accommodent très bien ou soutiennent en sous-main la répression au Bahreïn ou au Yémen) sont peu étudiées, laissant place à des successions d’images chocs gracieusement offertes par les armées belligérantes.

La composition et les revendications exactes des opposants au colonel Kadhafi sont également peu évoquées, cette rébellion étant vue comme le prolongement « naturel » des révoltes arabes d’Egypte ou de Tunisie. Le fait qu’elle soit représentée dans les capitales occidentales par Moustafa Mohamed Aboud al-Djeleil, ancien ministre de la Justice du colonel Kadhafi et cacique du régime qui s’est imposé comme le leader du mouvement sans qu’on sache très bien comment un proche de Kadhafi a pu arriver aussi vite à la tête d’une révolte d’opposants, n’est que rarement débattu. Alors que les éditorialistes glosaient et jouaient à se faire peur sur le risque de manipulation « islamiste » en Tunisie et en Egypte, les opposants libyens ne subissent pas les mêmes suspicions. Les « oui mais… » qui accompagnaient les révoltes tunisiennes et égyptiennes se sont transformés en « oui » tout court en Libye.

 

J’espère de tout cœur que le peuple libyen pourra profiter de cette situation pour s’affranchir d’un dictateur et mettre en place un gouvernement qui respectera ses droits sans tomber sous tutelle étrangère ou s’enfoncer dans une guerre civile à long terme. Mais l’identité et le palmarès passé de ses « sauveurs » ne m’incitent pas à l’optimisme.

 

Dans ce contexte d’unanimisme patriotard et de promesses d’une action menée pour défendre la « démocratie », il n’est pas surprenant que, d’après les sondages, environ deux tiers des Français soutiennent les bombardements en Libye. Lorsque la guerre a commencé en Afghanistan en octobre 2001, la proportion était la même, le bourrage de crâne aussi.

 

Il est trop tôt pour analyser, avec le recul nécessaire, le processus de travail sur l’opinion qui a permis d’obtenir un tel soutien. Il n'est guère plus aisé de démêler le vrai du faux dans l'avalanche de news qui disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues concernant la situation sur le terrain. Mais il existe des précédents sur lesquels il est parfois utile de revenir pour les comparer à la situation présente. Dans l’introduction d’un projet de livre portant sur le discours entourant la « guerre au terrorisme » depuis le 11 septembre 2001, toujours en cours de – lente - rédaction, j’avais rapidement étudié comment, au lendemain des attentats du 11-Septembre, les dirigeants US avaient trituré l’interprétation des évènements pour les présenter non plus comme un abominable attentat mais comme un acte de guerre nécessitant une riposte militaire et une attaque de l’Afghanistan, puis de l’Irak.

 

Je vous soumets ce texte. Peut-être y trouverez-vous un écho aux commentaires et analyses actuelles sur la guerre « naturelle » en Libye.

 

   

Le 15 octobre 2001, un sondage de l’institut Ipsos, réalisé pour la radio d’information BFM et l’hebdomadaire le Journal du dimanche, assurait que 66% des Français étaient favorables aux frappes militaires contre l’Afghanistan qui avaient commencé une semaine plus tôt (Les Français et le conflit en Afghanistan 15/10/2001 - Enquête Ipsos-JDD-BFM). Depuis le 7 octobre, en effet, les forces de l’OTAN, incluant les troupes françaises, avec le soutien logistique de nombreux autres États, bombardaient ce pays en réaction aux attentats du 11 septembre 2001 qui avaient touché New York et Washington. L’opération baptisée « Liberté immuable » (Enduring freedom) ouvrait la voie à une réponse militaire à la « menace terroriste ». Le jour même, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleisher, l’exprimait fièrement : « Nous avons ouvert un nouveau front dans notre guerre contre le terrorisme ». Cette approche militaire ne s’est pas démentie depuis et, par leurs réponses, les sondés français semblaient montrer que cette politique leur paraissait légitime. Les protestations pacifistes contre cette attaque militaire furent marginales dans la plupart des États participant à la coalition.

 

Il n’y a, a priori, rien d’étonnant à cette adhésion des Français à cette guerre. N’étions-nous pas alors quelques semaines à peine après le 11 septembre 2001 ? Les Français n’avaient-ils pas été les témoins des plus terribles attentats de l’Histoire, observant quasiment en direct le crash de deux avions dans les Twin towers new-yorkaises, prélude à leur effondrement ? Face à la violence de ces attentats et à l’émotion qu’ils avaient suscitée, n’était-il pas tout à fait naturel que les Français se rassemblent largement derrière l’option d’une riposte militaire ?

 

Naturel le soutien des Français ? Pas vraiment !

 

Le 25 septembre 2001, un autre institut de sondage, l’institut états-unien Gallup, avait rendu public, sans bénéficier d’une large audience médiatique, un sondage international posant la question suivante : « Quand l'identité des terroristes sera connue, le gouvernement américain devra-t-il attaquer militairement le ou les pays où ils sont basés, ou demander leur extradition pour les juger ? »(Sondage cité dans Noam Chomsky, « Dominer le monde ou sauver la planète ? : L'Amérique en quête d'hégémonie mondiale », Fayard, 2004, p.274.). Selon cet institut de sondage, seuls 29% des Français étaient favorables à l’option militaire. Alors que cette même question avait été posée dans 37 États, l’opinion publique n’était favorable à une riposte armée que dans trois pays : l’Inde (ce qui peut s’expliquer par le contexte local et l’alliance du régime des Talibans avec l’ennemi pakistanais), Israël (dont la population est habituée depuis des années à voir ses gouvernants légitimer l’usage de la force militaire contre les Palestiniens accusés d’acte de terrorisme) et les États-Unis eux-mêmes. Bien que la France soit, derrière les États-Unis, le pays appartenant à l’OTAN où l’on comptait le plus de sondés favorables au lancement d’une attaque militaire, 67% des personnes interrogées étaient alors favorables à une négociation afin d’obtenir l’extradition des suspects. Aux États-Unis, si, d’après ce même sondage, la majorité de la population souhaitait une riposte militaire, cette majorité était faible puisque 54% des sondés seulement se déclaraient favorables à une attaque. 30% des sondés préféraient une négociation sur l’extradition et un taux important de personnes interrogées (16%) ne se prononçait pas (l’intégralité des résultats est disponible sur le site du groupe pacifiste états-unien Los Alamos Study Group (document PDF)). Ce sondage avait été réalisé alors même que le président états-unien George W. Bush et son administration assuraient que désormais l’option militaire était privilégiée.

 

Personne ne peut aujourd’hui prétendre savoir sur quoi des négociations avec les Talibans concernant l’extradition d’Oussama Ben Laden auraient abouti. Elles n’ont jamais eu lieu.

 

Le 21 septembre 2001, les Talibans rejetèrent un ultimatum du Congrès états-unien réclamant l’extradition d’Oussama Ben Laden et de ses présumés complices au motif qu’on ne leur avait pas apporté de preuves de la culpabilité de ce dernier dans les attentats du 11 septembre 2001. Mais les ambassadeurs des Talibans évitèrent soigneusement de se prononcer sur leur position dans l’hypothèse où des preuves de la culpabilité de Ben Laden leur seraient données et leur attitude ultérieure démontra qu’ils étaient probablement prêts à le livrer si on leur permettait de sauver la face (« Taliban rule out giving up Bin Laden », par Luke Harding and Rory McCarthy, The Guardian, 22 septembre 2001). En outre, dans le même temps les oulémas afghans demandaient officiellement à Ben Laden de quitter leur pays et proposaient que l’ONU et l’Organisation de la Conférence islamique mènent une enquête indépendante sur les attentats du 11 septembre 2001 (« 'Osama bin Laden should choose another place' », The Guardian, 21 septembre 2001). Ce refus de l’ultimatum fut présenté par Washington et ses alliés comme la preuve que la guerre était la seule option. Pourtant, si on en croit le Daily Telegraph du 3 octobre 2001, les Talibans proposèrent au début du mois d’octobre 2001 qu’Oussama Ben Laden soit extradé au Pakistan pour être jugé par une cour internationale (« Pakistan blocks bin Laden trial », par Patrick Bishop, Daily Telegraph, 3 octobre 2001). Le jour même du commencement de l’attaque de l’OTAN contre l’Afghanistan, le 7 octobre, Washington rejeta à nouveau une proposition de Kaboul de juger Ben Laden en Afghanistan (« U.S. rejects Taliban offer to try bin Laden », CNN, 7 octobre 2001). D’après le Guardian, une fois la guerre amorcée, les Talibans offrirent même de livrer Ben Laden sans avoir de preuves de sa culpabilité à la condition que les bombardements cessent et qu’il ne soit pas jugé aux États-Unis, mais dans un pays tiers, par un tribunal international (« New offer on Bin Laden », par Rory McCarthy, The Guardian, 17 octobre 2001). Toutes ces propositions furent rejetées, la guerre eut lieu. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleisher l’avait justifié par anticipation le 26 septembre 2001 : « [Le président Bush] ne s’engagera dans aucune discussion ou négociation » (« Press Briefing by Ari Fleischer », services de presse de la Maison-Blanche, 26 septembre 2001).

 

Si on en croit le sondage Gallup de la fin du mois de septembre 2001, les propositions d’extradition des Talibans auraient pourtant été approuvées par une écrasante majorité de Français.

 

Mais si on en croit le sondage Ipsos du 15 octobre 2001, les Français préféraient poursuivre l’option militaire.

 

Comment expliquer une telle disparité de résultats entre deux enquêtes réalisées à trois semaines d’intervalles ?

 

On objectera, à juste titre, que les questions posées étant différentes, il n’est pas possible de réaliser une comparaison précise entre les résultats des deux enquêtes, la formulation des questions ayant un impact considérable sur les résultats de sondages. On notera également que les échantillons de population sondés n’étant pas les mêmes lors des deux enquêtes, la comparaison n’offre pas de garanties, puisqu’un des deux instituts (ou les deux) a pu s’appuyer sur un échantillonnage bancal, faussant les résultats. N’oublions pas, enfin, qu’un sondage ne fait qu’additionner les réponses à une question telle qu’elle est comprise par les personnes interrogées et qui n’est pas nécessairement la réponse à la question qu’imaginait le sondeur ou qu’interprète le commentateur. Ainsi, peut-être qu’une partie des Français qui répondirent à la question du sondage Ipsos voulut davantage insister sur leur soutien aux troupes françaises engagées en Afghanistan qu’assurer leur adhésion à l’option militaire.

 

Toutes ces hypothèses sont à prendre en compte.

 

Toutefois, si on en croit un sondage de l’institut Gallup réalisé aux États-Unis entre les 11 et 14 octobre 2001, le soutien des États-uniens à la guerre était passé de 54% le 25 septembre 2001, date de leur première enquête, à 88% deux semaines plus tard. Ces deux résultats sont, pour leur part, comparables puisqu’ils ont été réalisés par le même institut suivant des méthodes similaires. Compte tenu de ces chiffres, un basculement proportionnellement analogue de l’opinion française en faveur d’une réponse militaire à apporter au terrorisme entre la fin septembre et le milieu du mois d’octobre 2001 est loin d’être inenvisageable. Ce probable basculement de l’opinion française sur ce sujet et les premiers résultats de l’enquête internationale de l’institut Gallup nous amènent à l’hypothèse suivante : il nous faut rompre avec l’idée reçue selon laquelle les Français ont été favorables à la guerre en Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre 2001, mais admettre qu’ils ont été convaincus de soutenir cette guerre par la façon dont on leur a présenté l’événement et la situation du monde après les attentats du 11 septembre.

 

Par conséquent, la guerre au terrorisme, c’est à dire l’emploi de la force militaire de par le monde avec pour but officiel de mettre fin au « terrorisme international », argument qui servit à justifier aussi bien les conflits en Afghanistan qu’en Irak, doit davantage être considérée comme ayant commencé non pas le 11 septembre 2001 mais dans les jours suivants, quand l’administration Bush et ses relais états-uniens ou internationaux (volontaires ou non) ont légitimé le recours à la force militaire pour répondre à une question qui est d’ordinaire du ressort policier et judiciaire.

 

Le postulat selon lequel l’opinion mondiale, ou en tout cas l’opinion « occidentale », était naturellement favorable à la guerre est pourtant dominant dans la presse grand public. Ainsi, dans son édition du 6 novembre 2001, le très réputé New York Times annonçait que l’administration Bush allait « commencer » une campagne de communication pour « maintenir » le soutien international à la guerre en Afghanistan que les annonces de morts de civils afghans auraient pu mettre à mal (« A Nation Challenged : Seeking Support, U.S. Tries To Sway Worldwide Opinion In Favor Of War », par Michael R. Gordon, New York Times, 6 novembre 2001). Visiblement, le quotidien de référence aux États-Unis n’avait pas compris, ou pas voulu comprendre, que cette campagne de propagande avait commencé depuis longtemps et qu’il n’était nullement question de conserver un soutien « naturel » mais de continuer de le construire.

 

Comme l’a écrit l’universitaire britannique Richard Jackson : « Il n’était pas suffisant de présenter les attentats comme une tragédie et de faire des Américains les premières victimes. Il était également important de déterminer la nature exacte et la signification des évènements. Dans ce qui fut probablement la plus importante modification du discours, les attentats furent reconstruits de façon à ce que des actes de terrorisme, de violence symbolique et des meurtres politiques orchestrés par des acteurs non-étatiques deviennent des « actes de guerres ». » (« Writing the war on terrorism, language, politics and counter-terrorism », Richard Jackson, Manchester University Press, 2005, p. 38.). En effet, si George W. Bush décrivit ces évènements, le jour même des attentats du 11 septembre 2001, comme des « actes de terrorisme » (Discours de George W. Bush aux journalistes à l’école élémentaire Emma Booker de Saratosa en Floride, 11 septembre 2001 et discours à la nation, le même jour), ces attentats furent présentés comme « la première bataille d’une guerre » quatre jours plus tard par le président états-unien, le 15 septembre 2001 (Discours de George W. Bush à Camp David le 15 septembre 2001). Cette transformation lexicale s’amplifia et fut accompagnée d’actes symboliques comme la décision du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le 27 septembre 2001, de décerner aux membres des forces armées blessés ou tués dans les attentats du 11 septembre 2001, la Purple Heart, une décoration donnée normalement aux seuls soldats tués ou blessés pendant des guerres (Donald Rumsfeld, Conférence de presse du secrétaire à la Défense et des chefs d’état major au Pentagone, 27 septembre 2001).

 

Ces discours furent accompagnés de nombreux autres dépeignant les terroristes comme des personnages haineux et intrinsèquement maléfiques, ne pouvant être ramenés à la raison, et qu’il fallait moins espérer voir traduits en justice qu’éradiqués ; George W. Bush allant jusqu’à affirmer que sa « responsabilité historique » était de « débarrasser le monde du Mal » (« President's Remarks at National Day of Prayer and Remembrance », George W. Bush, 14 septembre 2001). Le discours politique évolua également sur des sujets tels que les relations entre les peuples (ou plutôt entre les « civilisations »), la sécurité, le droit international ou la place de la religion. Toutes ces questions furent désormais abordées au travers du prisme de la lutte contre le terrorisme.

 

Comme le rappelait le professeur de sciences politiques états-unien, James Der Derian, dans l’article qu’il consacra fin 2001 au discours des médias dans le lancement de la guerre au terrorisme : « Les gens se lancent dans une guerre en raison de la façon dont ils voient, perçoivent, dépeignent, imaginent et parlent des autres » (« The War of Networks », par James Der Derian, Theory & Event - Volume 5, Issue 4, 2001). Suite aux 11 septembre 2001, nous avons assisté à une transformation du discours politique qui a permis de justifier aux yeux de l’opinion internationale des options politiques et militaires qui n’étaient pas évidentes et dont, si on en croit les premiers sondages, l’opinion publique ne voulait pas peu de temps après les attentats.

 

C’est par les mots que l’opinion a basculé, aussi bien en France qu’aux États-Unis et dans une bonne partie du monde.

 

Aujourd’hui, on le constate dans de nombreux sondages, les Français sont opposés aux interventions militaires associées à la guerre au terrorisme. Lors d’un sondage réalisé par l’institut BVA les 28 et 29 mars 2008, seuls 15% des Français approuvaient l’envoi de nouvelles troupes françaises en Afghanistan contre 68% opposés à ce nouveau déploiement (« Afghanistan: la guerre de la France ? », Par Jean-Dominique Merchet et Nathalie Raulin, Libération, 1er avril 2008). Les Français étaient également massivement opposés à la Guerre d’Irak qui fut, elle aussi- on a tendance à l’oublier à cause du discours lénifiant sur la volonté de « démocratiser » le monde arabe qui a servi de béquille à l’effondrement de la justification par les armes de destruction massive (ADM) – menée au nom de la « guerre au terrorisme » puisque l’Irak était supposé vouloir fournir des ADM à Al Qaïda.

 

Pourtant, la France, au nom de la poursuite de la guerre au terrorisme, a bel et bien envoyé de nouvelles troupes en Afghanistan et les protestations contre cette politique impopulaire furent pour le moins limitées. Les adversaires de ce déploiement méritèrent le surnom, souvent usurpé dans d’autres cas, de « majorité silencieuse ». En revanche, au nom de la poursuite de la « nécessaire » guerre au terrorisme, la grande majorité des éditorialistes de la presse grand-public présenta la politique française en Afghanistan comme une nécessité, tout juste tempérée par la crainte de s’embourber dans le conflit afghan. Le journaliste du Figaro, Renaud Girard, soutenait cet envoi de troupes en assurant que « l'Occident ne peut se permettre d'abandonner aujourd'hui l'Afghanistan » (« L'Occident et l'Afghanistan », Renaud Girard, Le Figaro, 24 mars 2008), Bernard Guetta sur France Inter acceptait l’envoi de troupes en nuançant par une demande de redéfinition de la politique afghane (« Le débat afghan », Bernard Guetta, France Inter, 31 mars 2008) ; cette tonalité était fréquente.

 

Le Parti socialiste critiqua la trop grande proximité de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy avec celle de l’administration Bush mais ne remit pas fondamentalement en cause l’engagement militaire français en Afghanistan, continuant de souscrire à une réponse militaire au terrorisme. Suite à un débat sans vote à l’Assemblée nationale le 1er avril 2008, l’opposition française déposa une motion de censure, mais divisée elle-même, en interne, entre défenseurs et opposants à l’envoi des troupes, le texte fut fondé sur le plus petit dénominateur commun et l’opposition ne tarda pas à abandonner ce thème. Il n’y eut pas de grands appels à des manifestations de protestations et la colère des partis de la gauche parlementaire fit long feu. Lorsqu’un débat parlementaire sur le maintien des troupes françaises en Afghanistan eut lieu le 22 septembre 2008, le PS vota massivement « non » mais entoura ce vote de mille précautions oratoires et continua d’assumer que la lutte contre « le terrorisme » passait « naturellement » par des moyens militaires (« Oui à l’engagement en Afghanistan, non à l’enlisement », par François Hollande, Blog de François Hollande). Cette position pourtant très mesurée fut durement critiquée par des éditorialistes classés à gauche, comme Philippe Val (« Le Non socialiste » par Philippe Val, « L’humeur de…. », France-Inter, 26 septembre 2008), ou à droite, comme Yvan Rioufol (« Les responsables du désastre », par Yvan Rioufol, Le Figaro, 26 septembre 2008), qui accusèrent ce parti de soutenir les talibans, et donc « les terroristes », par son vote. Le Parti socialiste, bien qu’ayant l’occasion d’attaquer le gouvernement sur un sujet où il avait le soutien de l’opinion, ne se focalisa pas sur ce thème.

 

 

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