La « neutralité » de l’expertise : les cas Thérèse Delpech et François Heisbourg

Publié le par CPPN

Les premiers mois de l’année 2011 connaissent une actualité internationale chargée, période forcément propice à la multiplication des apparitions médiatiques d’experts qui, passant de plateaux télé en studios de radio et de tribunes en interviews dans la presse écrite, nous expliquent ce qu’il « faut » comprendre ou retenir de l’actualité internationale. Parmi la petite troupe des experts médiatiques, je souhaiterais m’intéresser à deux d’entre eux : Thérèse Delpech et François Heisbourg, deux habitués des médias, souvent présentés comme deux spécialistes des questions de politique étrangère et militaires mais dont les différentes fonctions et le positionnement idéologique sont rarement rappelés.

 

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Ces deux spécialistes sont très souvent sollicités, ensemble ou, le plus souvent, séparément dès qu’une crise internationale apparaît quelque part et intéresse les médias. Ils appartiennent au petit cercle des invités perpétuels des éditions spéciales en cas de crise.

 

Car qui dit actualité internationale, dit mobilisation d’experts.

 

Les chaînes de télévision, de radios et la presse écrite ne disposent pas, à demeure, de spécialistes pointus en politique étrangère ou de fins connaisseurs de nombreux pays ou régions du monde. Beaucoup de médias ont un expert touche-à-tout en « politique étrangère », cumulant souvent les fonctions d’éditorialiste, mais ils ne disposent pas d’un groupe de spécialistes dédiés à l’étude des différentes régions du monde et ont de moins en moins de correspondants à l’étranger, souvent par souci d’économie. Ainsi, à titre d’exemple, TF1, bien qu’elle soit la première chaîne européenne en termes d’audience, ne dispose d’aucun correspondant permanent dans l’hémisphère Sud.

 

Le modèle économique privilégié consiste à acheter occasionnellement des images ou des photos à quelques agences de presse, aux grandes chaînes d’information continue internationales ou à quelques chaînes d’informations locales en cas d’évènements jugés marquants pour illustrer les articles ou les reportages. A ces achats, on ajoutera la convocation d’un « expert » extérieur que l’ont interrogera sur la situation dans le pays. Cet expert, ne disposant que de quelques minutes pour s’exprimer, doit être rompu à l’exercice et être facilement contactable par les journalistes. Ces derniers, qui disposent de peu de temps et d’effectifs réduits pour plancher sur le sujet, ne s’amuseront pas à chercher de nouvelles voix ou de nouveaux experts si leur rédaction dispose déjà d’un contact capable d’expliquer, avec des mots simples et dans le format défini, quelques enjeux ou éléments du dossier étranger. Dans ce schéma, la disponibilité et la maîtrise de l’exercice de l’interview prime sur la compétence sur le sujet.

 

Ce schéma n’est pas propre à la France. On le retrouve aux États-Unis où ce système a permis de favoriser les points de vue les plus conservateurs dans l’analyse des questions internationales. En effet, le mouvement conservateur US dispose de think tanks capables de répondre aux sollicitations immédiates des journalistes. Les think tanks états-uniens ne sont pas tous conservateurs, mais les plus influents, comme l’American Enterprise Institute, la Rand Corporation ou l’Heritage Foundation, le sont. Ces laboratoires d’idées sont structurellement déficitaires et sont portés financièrement à bout de bras par des mécènes appartenant aux élites économiques et par des fondations « philanthropiques » réactionnaires qui attendent que leurs subsides financent des argumentaires et des expertises favorisant leur point de vue. Ainsi, la John M. Olin Foundation, elle-même financée par les entreprises Olin (spécialisées dans la production chimique et la production de munitions), a distribué, de 1953 à 2005, près de 370 millions de dollars à différents think tanks ou à des programmes universitaires conservateurs. Le milliardaire états-unien d’extrême droite, Richard Mellon Scaife, via ses fondations (la Sarah Scaife Foundation, la Carthage Foundation et l’Allegheny Foundation) a lui aussi soutenu les organisations défendant les orientations les plus conservatrices. Le Washington Post estimait le concernant que : « En concentrant ses donations sur des objectifs idéologiques spécifiques pendant près de 40 ans (…) la philanthropie de Scaife a eu un impact disproportionné sur l’avènement de la droite, c’est peut-être le fait le plus marquant de la politique américaine du dernier quart du XXème siècle » (« Money, Family Name Shaped Scaife », par Robert G. Kaiser, Washington Post, 3 mai 1999.). En France, le phénomène des think tanks est plus récent mais certains sont apparus et développent leur influence avec succès. C’est notamment le cas de Terra Nova, un think tank « progressiste » (on est bien obligé de le croire puisqu’il le martèle à chaque page et même parfois plusieurs fois par paragraphes de présentation) qui a un poids très important dans les débats internes du PS et dans l’élaboration de leur programme. Leurs effectifs sont riches en experts médiatiques sociaux-libéraux et néolibéraux rapidement mobilisables (et fréquemment mobilisés) par les médias. La liste de leurs « partenaires », c’est-à-dire de leurs bailleurs de fonds, est instructive (Areva, Total, Cap Gemini, Microsoft, EADS…Etc.) et laisse entrevoir que, dans ses argumentaires, Terra Nova ne tend pas spécialement à proposer au camp « progressiste » à renouer avec une contestation trop forte du capitalisme.

 

Ces think tanks disposent d’experts venant du monde universitaire mais rassemblent aussi beaucoup d’anciens conseillers de personnalités politiques, voire des personnalités politiques en vue qui sont salariés par ces cercles de réflexion le temps qu’ils retrouvent un poste plus conforme à leurs ambitions. A titre d’exemple, aux États-Unis, Paul Wolfowitz, ancien numéro 2 du Pentagone sous la première présidence de George W. Bush et président de la Banque mondiale fut engagé par l’American Enterprise Institute de sa démission forcée de la Banque mondiale en juin 2007 jusqu’à sa nomination à la tête de l’International Security Advisory Board du département d’État états-unien en décembre 2007. Il y retourna après la victoire de Barack Obama.

 

En dehors de ces experts issus des think tanks, les chaînes de télévision états-uniennes ont fait un usage immodéré de militaires retraités pour commenter les évolutions de la situation internationale. Ceux-ci validèrent régulièrement les orientations les plus belliqueuses. Les chaînes précisèrent rarement que ces anciens militaires gardaient souvent d’excellentes relations avec le Pentagone ou travaillaient désormais pour des entreprises d’armement ayant tout intérêt à l’explosion des budgets de la défense nationale états-unienne. Il fallut attendre avril 2008 pour que le New York Times découvre que le Pentagone était en contact régulier avec ces analystes et orientait régulièrement le sens de leurs analyses dans des courriers ou des e-mails qu’il leur envoyait (« Behind TV Analysts, Pentagon’s Hidden Hand », par David Barstow, New York Times, 20 avril 2008). Ces révélations n’affectèrent pas le nombre d’invitations dont bénéficiaient ces experts pour exprimer un point de vue souvent très similaire à celui du Pentagone.

 

Les médias français ne sont pas non plus en reste dans l’invitation d’experts inscrits dans ce même mélange des genres. Ainsi, le site Acrimed a consacré un article à Pierre Servent, analyste et ancien militaire, qui conserve des liens étroits avec le ministère de la Défense français tout en apparaissant un peu partout sur les sujets de défense avec une image d’expert neutre.

  

François Heisbourg et Thérèse Delpech sont, eux, au carrefour de ce type d’expertise puisqu’ils cumulent des liens étroits avec le ministère de la Défense et une implication forte dans différents think tanks qui ne furent pas, loin s’en faut, les moins belliqueux.

 

Thérèse Delpech et François Heisbourg ont ainsi participé à la rédaction du Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale publié le 17 juin 2008. Ce document, préfacé par Nicolas Sarkozy, fixait les orientations de la politique de défense de la France en les accompagnant de positions idéologiques assurant que la France appartenait au monde occidental, notion que le livre se gardait bien de définir, et que, à ce titre, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN s’imposait. Il était douteux, compte-tenu de la composition du Comité en charge de sa rédaction, que l’ouvrage parvienne à une autre conclusion. Le gouvernement français suivit ce conseil, qu’il avait lui-même suscité, en mars 2009.

 

Thérèse Delpech et François Heisbourg ont, ou ont eu, de hautes responsabilités dans les organismes étatiques en lien avec la politique étrangère et militaire française.

 

Ainsi, Thérèse Delpech a été consultante permanente du Centre d’analyse et de prévision (CAP) du ministère des Affaires étrangères (1991-1995) et a occupé la fonction de conseiller technique pour les affaires politico-militaires au cabinet du Premier ministre Alain Juppé (1995-1997). Elle est directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’Energie atomique.

 

François Heisbourg a été membre du Centre d'Analyse et de Prévision du Ministère des Affaires Etrangères chargé des questions de non-prolifération nucléaire (1978-1979), Premier-secrétaire à la mission permanente de la France auprès de l'ONU à New-York chargé des questions de désarmement (1979-1981) puis Conseiller technique au Cabinet du Ministre de la Défense, responsable des questions internationales (1981-1984) et, dans ce cadre, membre fondateur de la Commission franco-allemande sur la sécurité et la défense (1982-1984). Il passa ensuite dans le privé, dans le domaine de l’armement, chez Thompson (1984-1987) puis comme directeur du développement stratégique de Matra Défense-Espace (1992-1998).

 

Côté think tanks, François Heisbourg a été directeur de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres de 1987 à 1992 et est aujourd’hui président de son Conseil d’administration. Jusqu’en 2006, Thérèse Delpech était également membre du Conseil de direction de ce think tank britannique. François Heisbourg est également Conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique après en avoir été le directeur. Il est également membre des très élitistes Aspen Institute et Lowry Institute et expert du groupe de réflexion atlantiste Strengthening the Global Partnership du Center for Strategic and International Studies, un think tank basé à Washington et au conseil d’administration duquel siège l’ancien conseiller de sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, l’ancien secrétaire d’État de Richard Nixon, Henry Kissinger, ou l’ancien secrétaire d’État adjoint de l’administration Bush, Richard Armitage. On n’avait pas vu un tel rassemblement de pacifistes états-uniens depuis Woodstock.

 

Thérèse Delpech, en plus de ses anciennes fonctions à l’IISS, est membre du comité consultatif pour l'Europe de la Rand Corporation, think tank états-unien associé au lobby militaro-industriel qui fut présidé de 1981 à 1986 par Donald Rumsfeld. Elle est membre du Cercle de l’Oratoire, le rassemblement des néoconservateurs français, et fut membre du Comité de rédaction de son éphémère revue « Le Meilleur des mondes ». Elle est enfin membre de l’Atlantis Institute, un think tank européen créé au lendemain du déclenchement de la guerre contre l’Irak en 2003 et dont la raison d’être est la lutte contre « l’antiaméricanisme ».

 

Alors que les deux experts français étaient encore membres de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), cet organisme s’illustra en offrant une validation scientifique aux mensonges de l’administration Bush sur les armes de destruction massive (ADM) irakiennes, fable qui servit de prétexte à l’attaque du pays par la coalition états-uno-britannique. Les travaux de l’IISS servirent de caution au rapport britannique du 24 septembre 2002 accusant Bagdad d’être capable de déployer ses armes en 45 minutes (5 millions de minutes après cette affirmation, les armes en question n’ont toujours pas été déployées). François Heisbourg et Thérèse Delpech soutinrent personnellement cette thèse devant des parlementaires français, accréditant la thèse d’un Irak menaçant. Thérèse Delpech, en qualité d’experte, vint assurer à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale que l’Irak disposait probablement d’armes de destruction massive et de laboratoires mobiles de production d’armement biologique (Comptes rendus de la commission des affaires étrangères (2002-2003), Compte rendu numéro 39, Audition de Mme Thérèse Delpech, 19 mars 2003.), validant à demi-mot les affirmations mensongères de Colin Powell au Conseil de sécurité de l’ONU. François Heisbourg assurait pour sa part, dans Le Monde du 10 septembre 2002, au sujet de l’Irak : « Les armes biologiques et chimiques existent bel et bien, et leur emploi est tout à fait possible en cas de guerre. ».

 

La révélation ultérieure de l’imposture des ADM ne les condamna pas à l’oubli médiatique, loin de là.

 

Thérèse Delpech est, notamment, très active sur la question iranienne. Dans Le Figaro du 1er avril 2004, alors que la possibilité d’une attaque états-unienne et/ou israélienne contre l’Iran était envisagée, elle justifiait à mot couvert une telle attaque en jugeant le temps de la diplomatie « trop long » (« Le temps de la diplomatie, trop lent face au sprint nucléaire de l'Iran », Le Figaro, 1er avril 2004). Par la suite, elle signa différents appels en faveur d’une politique agressive contre l’Iran avec un parterre de belliciste US et européens (« United against Iranian nukes », International Herald Tribune, 14 septembre 2005) ou un groupe de figures médiatiques pro-états-unien et/ou pro-israélien (« Iran : un appel aux dirigeants européens », Le Monde, 27 septembre 2006). Ces textes ne furent pas ses seules interventions sur le sujet.

 

François Heisbourg se répand régulièrement dans les médias autour du concept qu’il a inventé « l’hyperterrorisme » : « la conjonction de la destruction de masse, rendue possible par l’accès aux technologies contemporaines et de la nature apocalyptique des organisateurs des attentats » (« Hyperterrorisme : la nouvelle guerre », François Heisbourg et la fondation pour la recherche stratégique (2001 – édition de 2003), p. 9-10). L’expression « hyperterrorisme » fait bien entendu écho à « l’hyperpuissance », expression de l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pour désigner les États-Unis. A puissance exceptionnelle, ennemi exceptionnel. On constate à la lecture de cette définition que François Heisbourg adhère à la logique, largement développée par les administrations états-uniennes successives, consistant à analyser les actions terroristes non pas au travers de ses motifs revendiqués ou supposés mais via une « nature » (ici, « apocalyptique ») propre aux auteurs des attentats. Avec une telle logique, rien ne sert de discuter ou négocier, il faut éradiquer.

 

Dans différents textes rédigés après la guerre d’Irak, François Heisbourg invita la France a venir au secours des États-Unis au Proche-Orient en rappelant la supposée convergence d’intérêts de Washington et Paris mais en invitant la France à fournir son aide sans sembler trop proche des États-Unis pour ne pas avoir à payer le prix de la mauvaise image de l’administration Bush, alors au pouvoir (« Mideast democracy is a long-term, global project », International Herald Tribune, 24 mars 2004 ; « Accablant 6 juin 2004 », Le Monde, 5 juin 2004 ; « L'Europe, l'Amérique et la modernisation du Moyen-Orient », Le Figaro, 17 janvier 2005).

 

 Bien évidemment, les deux auteurs ont été largement interviewés, publiés ou cités concernant l’attaque militaire contre la Libye.

 

Suprême originalité, dans son émission « La Rumeur du monde », sur France Culture, Jean-Marie Colombani invita successivement les deux experts dans les deux seules émissions qu’il consacra à la Libye : François Heisbourg (19 mars 2011) précéda Thérèse Delpech (26 mars).

 

Heisbourg fut également interrogé sur RFI (3 avril 2011), sur la télévision suisse romande (6 avril 2011), interviewé dans le Nouvel Observateur (23 mars 2011) et cité un nombre incalculable de fois dans les articles consacrés au conflit en Libye (Libération, 16 mars ; Les Inrockuptibles, 18 mars ; Le Point, 20 mars ; L’Express 23 mars ; New York Times, 23 mars et 5 avril… etc.). Il y légitimait la guerre, contribuant à la rendre « naturelle », critiquant parfois la position française mais vantant l’action des États-Unis et, comme à son habitude, la nécessité de l’unité de l’OTAN.

 

Thérèse Delpech fut plus discrète mais fut loin d’être inaudible. Elle fut également plus enthousiaste, assurant qu’elle soutenait « naturellement » l’action militaire et « humanitaire » en Libye dans une grande interview accordée à Libération (« Je l’approuve aussi par réalisme politique », 22 mars 2011). Le quotidien rappela dans la présentation qu’il faisait d’elle qu’elle avait soutenu la guerre contre l’Irak en 2003 mais ne rappela pas la totalité de ses engagements atlantistes et belliqueux. Cette précision ne figurait même pas dans la notice biographique que lui consacrait Le Monde en exergue d’une tribune dans laquelle elle applaudissait bruyamment les bombardements (Le Monde, 25 mars 2011 « Il faut que la peur change de camp en Libye »). Elle fut également plusieurs fois citée dans des articles (notamment dans Le Figaro, 21 mars 2011). Thérèse Delpech tendait à se montrer plus tendre que son homologue envers la position française et plus critique concernant celle de l’administration Obama mais leurs positions ne divergeaient pas sensiblement.

 

Profitant de réseaux importants dans le monde de la presse, d’une légitimité médiatique uniquement due au nombre de leurs passages dans les médias et à leur disponibilité et bénéficiant de l’amnésie médiatique faisant oublier leurs prises de positions passées et leur positionnement très idéologique, Thérèse Delpech et François Heisbourg ont largement contribué, mais ils ne furent pas les seuls, à la fabrique du consentement autour de la guerre en Libye. Souvent présentés comme des experts et analystes neutres, ils occupent pourtant une position ambigüe au carrefour de think tanks atlantistes et belliqueux, des organismes d’État en charge de la politique étrangères et/ou militaire en France et disposent de liens directs ou indirects avec des fabricants d’armes.

 

En leur donnant une large audience sans rappeler ce positionnement, les médias légitiment leurs prises de position, souvent sans donner la parole à d’autres experts contestant leur lecture des évènements, et donnent l’apparence d’une pensée purement technique et scientifique à des engagements politiques, forcément, contestables.

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CPPN 21/01/2012 14:50

Parmi les commentaires sur la mort de Thérèse Delpech, celui de Frédéric Encel dans Causeur m'a fait sourire.
http://www.causeur.fr/hommage-a-therese-delpech,14915
En effet, Encel rend hommage à une analyste dont il partageait un grand nombre d’idées, ce qui est parfaitement son droit, sans nier le courant idéologique auquel appartenait celle dont il tresse
les louanges, ce qui est déjà plus honnête que ce que font beaucoup d’articles. Jusque là, pas de soucis.
Mais quand il déclare : « Thérèse Delpech avait également participé aux travaux du Centre d’analyse et de prévision CAP, Quai d’Orsay), et siégé dans les années 1990 à la Commission des Nations
unies sur le désarmement de l’Irak, ce qui lui conférait une vraie légitimité d’experte sur ces dossiers délicats. », il omet un peu rapidement que Thérèse Delpech s’était servie de cette «
légitimité » pour accréditer la fable des armes de destructions massives irakiennes avant le déclenchement de l’attaque US dans la presse et devant l’Assemblée nationale, une position strictement
opposée à celle d’un Scott Ritter, ancien inspecteur de l’ONU en Irak qui, lui, dénonça les mensonges de l’administration Bush. Un tel rappel aurait été intéressant.
Mais ce qui m’a fait vraiment sourire, c’est la conclusion de l’hommage, une conclusion qui vient faire douter sur les motivations profondes de Frédéric Encel : « On pouvait contester certaines de
ses prises de position, et, peut-être, la vigueur avec laquelle elle les exprimait parfois. Mais aucun observateur sérieux ne remettait en cause son intégrité et sa grande rigueur intellectuelle.
Aussi avait-elle été profondément blessée d’être stigmatisée comme « intellectuel faussaire » dans un misérable pamphlet paru en 2011. ».
Il se trouve que le « misérable pamphlet » est un livre de Pascal Boniface intitulé « les intellectuels faussaires » (Editions JC. Gawsevitch, 2011). L’ouvrage va parfois un peu vite en besogne, ne
cite pas toujours ses sources (ce qui lui a valu une polémique avec Acrimed, une des sources plus utilisées que citées) et Boniface se met un peu trop en scène comme un chevalier blanc seul contre
tous mais le livre reste intéressant. Il se trouve que parmi les intellectuels faussaires épinglés, on trouve un certain Frédéric Encel brocardé pour sa façon de faire enfler ses titres
universitaires et pour son amour pour la droite dure israélienne. Encel oublie de préciser qu’il est juge et partie et on peut légitimement se demander ce qui l’emporte dans cet hommage de
l’expression du respect pour une collègue disparue ou du souhait d’utiliser Thérèse Delpech pour régler ses comptes avec Boniface.

CPPN 19/01/2012 16:08

Thérèse Delpech est morte aujourd'hui. Les hommages qui lui sont rendus dans la presse font pour la plupart dans la commémoration de ses qualités et oublient, pour la plupart, les éléments que je
pointais dans cet article.