La construction de « Le » Terrorisme (troisième partie)

Publié le par CPPN

 

(Voir  la seconde partie)

 

Avec la dislocation rapide du Bloc communiste et de l’URSS elle-même, la perception des « ennemis » du monde occidental changea.

 

Dès 1990, Bernard Lewis rédigea « The Roots of Muslim Rage », un article de la revue The Atlantic Monthly dans lequel il prophétisait un « choc des civilisations » entre le monde judéo-chrétien et le monde musulman. Les thèses de Bernard Lewis, amendées par Huntington, et faisant de plus en plus écho aux crispations belliqueuses sur fond de bataille pétrolière au Proche-Orient, trouvèrent un écho croissant dans la presse mainstream occidentale. Dans le même temps, la thématique des « États voyous », au premier rang desquels on comptait la Libye, l’Irak et l’Iran, des pays musulmans, accusés de développer des armes de destruction massive et/ou de soutenir le terrorisme eut un certain succès à partir de la fin des années 80 et la vieille rhétorique antiterroriste, fruit de la Guerre froide et des années 70-80, s’assimilait assez bien à ces nouveaux ennemis désignés même si elle n’était plus aussi centrale qu’au milieu des années 80. La théorie du « Choc des civilisations » s’agrégeait facilement à ces rhétoriques.

 

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La question des « États voyous » et, indirectement, de leur assimilation au terrorisme bénéficia de plusieurs types de relais aux objectifs convergents. Ainsi, un certain nombre de think tanks conservateurs et bellicistes, souvent financés, directement ou via des fondations « philantropiques » paravents, par les industries d’armement, se jetèrent avec avidité sur ces nouveaux « ennemis » désignés qui permettaient de justifier une demande de relance des dépenses militaires qui diminuaient pendant le premier mandat de Bill Clinton et une partie de son second. Les experts de ces groupes conservateurs ne manquèrent donc pas une occasion de dénoncer ces ennemis et, entre autres arguments, de leur imputer un lien avec des attentats terroristes contre des intérêts US. Dans le même temps, les organisations et les hommes politiques pro-israéliens, très actifs aux États-Unis, firent campagne pour imputer l’échec du processus d’Oslo aux seuls Palestiniens ou à l’hostilité globale, et indépassable, des États arabes et/ou musulmans. Souhaitant convaincre l’opinion publique états-unienne de la nécessité de conserver un partenariat stratégique étroit avec Israël, ils dramatisèrent également la menace posée par ces États, assurant que l’alliance entre Washington et Tel-Aviv était indispensable pour poursuivre le double endiguement de l’Irak et de l’Iran. Ils assuraient, dans le même temps, que le terrorisme palestinien n’était pas seulement lié au sort des Palestiniens mais à une haine atavique du monde « arabo-musulman » contre l’Occident « judéo-chrétien », promouvant les thèses de Bernard Lewis et d’Huntington. La question du terrorisme dans ce schéma revint en tête des arguments de ces groupes à partir de 2000 et de la seconde Intifada. Le sujet particulier du terrorisme « islamique » s’appuya sur le recyclage des thèses des conférences sur le terrorisme de 1979 à Jérusalem et 1984 à Washington, la plupart du temps par ceux-là même qui avaient participé à ces conférences à l’époque. Cette présentation des menaces visant les États-Unis trouvèrent bien évidemment un souffle nouveau après les attentats du 11-Septembre, souffle attisé par les anciens participants des deux conférences qui occupaient désormais des postes clés dans l’administration Bush et au sein du gouvernement israélien. Ils développèrent la rhétorique d’un monde musulman globalement terroriste et hostile et, croisant cette thématique avec celle des « États voyous », assurèrent que la principale menace pour le monde était qu’un de ces rogue States équipent des groupes terroristes avec des armes de destruction massive, justification qui légitima aux yeux de l’opinion US la guerre contre l’Irak et les menaces contre l’Iran ou la Syrie.

 

Le 7 janvier 2002, dans une tribune rédigée pour le Chicago Sun Times, Benjamin Netanyahu déclarait « Que l’Amérique renverse le régime des Talibans en Afghanistan et le réseau Al Qaïda se désagrègera de lui-même. Les États-Unis doivent à présent agir de la même façon avec les autres régimes de terreur – l’Iran, l’Irak, la dictature de Yasser Arafat, la Syrie et quelques autres. » (« Three Principles Key To Defeat of Terrorism », Chicago Sun Times, 7 janvier 2002). Il développa une logique analogue en avril 2002 devant le Sénat US. Six mois plus tard, Ariel Sharon le nommait au poste de ministre des Affaires étrangères israélien. Toujours en avril 2002, le Project for a New American Century (PNAC) diffusait largement une lettre ouverte au président George W. Bush indiquant : « Comme l’a souligné le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, l’Iran, l’Irak et la Syrie "encouragent et financent une culture d'assassinats politiques et d'attentats à la bombe" contre Israël, tout comme ils ont soutenu des campagnes de terrorisme contre les États-Unis » (« Letter to the president Bush on Israel, Arafat and the War on Terror », Project for a New American Century, 3 avril 2002). Cette lettre, rédigée par William Kristol, co-fondateur du PNAC et rédacteur en chef du Weekly Standard, le principal hebdomadaire néoconservateur, fut également signée par une trentaine de personnalités politiques ou médiatiques très influentes aux États-Unis dont Richard Perle (alors principal conseiller de Donald Rumsfeld au Pentagone) et Norman Podhoretz (autre cofondateur du PNAC et rédacteur en chef de Commentary) qui participaient déjà à la conférence de Jérusalem de 1979 sur le terrorisme. Ce ne sont que deux exemples parmi les flots de lettres ouvertes, tribunes et émissions de « débat » télévisés où ces thèses furent martelées.

 

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Dans son numéro du 25 septembre 2001, deux semaines après les attentats, le Weekly Standard associait, contre toute évidence, Ben Laden et Saddam Hussein dans un numéro qui multipliait les amalgames entre Arabes, musulmans et terroristes.

 

Cette image d’un monde musulman globalement unifié dans le soutien au terrorisme et la détestation de « l’Occident » ne se limita évidemment pas aux frontières états-uniennes et l’Europe, et donc la France, furent influencées par cette assimilation croissante au cours des années 90 et 2000. Mais l’association Islam-« Terrorisme unifié » se développa également en France en raison de manœuvres politiques et d’un imaginaire collectif savamment entretenu n’ayant pas de liens avec les États-Unis.

 

En effet, en France, cet amalgame se fit d’autant plus facilement que le souvenir des attentats de la Guerre d’Algérie était, et est encore, particulièrement présent dans l’imaginaire collectif. Ce conflit demeure vivace dans les mémoires et dans le discours entourant les débats récurrents sur les Français issus de l’immigration. Comme le rappelle Gérard Noiriel : « La guérilla et les attentats perpétrés sur le sol algérien, mais aussi en métropole, ont été largement relayés par la presse et la radio. Tous les Français ont ainsi intériorisé les discours sur les « terroristes » et les « fellagha ». C'est à partir de ce moment-là que les Algériens vont devenir la figure centrale, et même unique, symbolisant "l'ennemi de l'intérieur"» (Gérard Noiriel, « Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème – XXème siècle), Discours publics, humiliations privées », Fayard, 2007, p. 537.). Il n’était donc pas très difficile de puiser dans cette mémoire collective pour pratiquer des amalgames permettant de tirer un intérêt politique du traitement sécuritaire de problèmes sociaux hâtivement amalgamé à « l’immigration » en utilisant également, au passage, l’argument du « terrorisme ».

 

C’est ce que ne se priva pas de faire Charles Pasqua durant la période 1993-1995 au cours de laquelle il occupa le ministère de l’Intérieur. Durant cette période, l’association entre un terrorisme unifié et le monde arabe et/ou musulman connut une véritable accélération en France. Le ministre de l’Intérieur s’employa à alarmer l’opinion publique sur les dangers d’une plus ou moins supposée radicalisation des musulmans, français ou étrangers, afin, à la fois, de mieux faire accepter ses législations sécuritaires, sa réforme du Code de la nationalité et son soutien personnel au régime des généraux algériens qui avaient pris le pouvoir deux ans plus tôt à la faveur du coup d’État de décembre 1991. Le ministre de l’Intérieur utilisa la presse et des médias amis pour prendre à témoin l’opinion, en dramatisant la « menace terroriste », dans la lutte qui l’opposait à Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, hostile aux généraux algériens.

 

Dans ce travail de conviction de l’opinion, l’association Democratia joua un rôle non-négligeable. Fondé en 1992 par Rachid Kaci (son président) et Amirouche Laïdi (son secrétaire), l’association était alors très proche des réseaux pasquaïens. Aujourd’hui Rachid Kaci est conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et Amirouche Laïdi est président du Club Averroès, association cofondée avec le présentateur du « 20 heures » de France 2, David Pujadas, faisant la promotion de la « diversité » dans les médias audiovisuels. C'est devant les membres de cette association que Nicolas Sarkozy, le 17 février 2006, était venu annoncer, avant même les responsables de TF1, qu’Harry Roselmack serait le présentateur du 20 heures de TF1 pendant l’été. Mais malgré leur "brillante" carrière à venir, les deux hommes ne sont, à l'époque, considérés médiatiquement que comme des « militants de quartier ». Ils sont apparus médiatiquement en mai 1993 après une « chasse aux dealers » dans le quartier de Lille « des Biscottes ». Après que les habitants du quartier eurent attaqués des vendeurs de drogue, Democratia avait présenté cette attaque comme le fruit d’une manipulation des intégristes musulmans et la preuve de leur emprise sur ce quartier. L’association eut, à partir de cet épisode, un accès régulier aux médias pour dénoncer le développement de l’intégrisme musulman dans les quartiers populaires, et principalement dans les villes dirigées par la gauche. A l’époque, Rachid Kaci, outre ses fonctions au sein de Democratia était membre du cabinet de Didier Schuller, protégé de Charles Pasqua qui ambitionnait alors de prendre la mairie de Clichy, dans les Hauts-de-Seine, municipalité socialiste dont Democratia dénoncera régulièrement la « complaisance » vis-à-vis des « islamistes ».

 

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Après avoir été un porte-flingue officieux des réseaux Pasqua contre les municipalités de gauche et avant d’être conseiller à l’Elysée, Rachid Kaci fut le préfacier  d’Alexandre del Valle, un des principaux admirateurs de la politique étrangère de George W. Bush en France.

 

Le 20 octobre 1993, l’émission de TF1, Le droit de savoir, invita le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua. Le reportage central de l’émission était réalisé par le jeune David Pujadas, traitait de façon alarmiste de la progression de l’islamisme dans les banlieues et s’inquiétait de leur potentielle « dérive terroriste » (Sur ce reportage et les questions qu’il soulève, voir Thomas Deltombe, « L’islam imaginaire, la construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005 », La Découverte, Paris, 2005, P. 192-196.). Le reportage, réalisé avec l’aide d’Amirouche Laïdi, s’appuyait largement sur les travaux de Democratia et Rachid Kaci y était interviewé. Deux ans plus tard, David Pujadas développa son reportage et ses thèses dans un livre co-écrit avec Ahmed Salam, pseudonyme d’Amirouche Laïdi, « La tentation du Jihad » (Jean-Claude Lattes, 1995). L’association Democratia participa également à la conception d’un autre numéro du Droit de savoir, le 21 décembre 1994, intitulée « Musulmans, la contamination ».

 

Quatre jours après l’émission Le droit de savoir, le 24 octobre 1993, où Charles Pasqua, interviewé par un Charles Villeneuve complaisant, exprimait ses craintes concernant « le péril islamiste », trois agents consulaires de l’ambassade de France en Algérie furent enlevés, enlèvement revendiqué par le GIA. La presse fit ses gros titres sur cette attaque qui visait directement des Français et sur la menace islamiste, mais il s’agissait d’une manipulation menée conjointement par les services secrets algériens et la DST comme le confirma quelques années plus tard l’ancien bras droit de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, à Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire (Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, « Françalgérie, crimes et mensonges d'états », La Découverte, 2005. p. 344). Les trois otages français furent libérés une semaine plus tard, sommés de ne pas parler des détails de leur enlèvement et mutés aux îles Fidji pour s’assurer leur silence. Michèle Thévenot, l’une des otages, reçut durant sa captivité un document du « GIA » exigeant le départ de tous les Français d’Algérie ; c’est cette revendication qui servit de prétexte, le 9 novembre 1993, au lancement de l’opération « Chrysanthème » : l’arrestation de 88 Algériens partout en France. Le ministère de l’Intérieur assura que des armes et des documents indiquant que des attentats étaient en préparation en France avaient été saisis, information qui fut largement relayée dans la presse. Les premiers démentis de ces affirmations arrivèrent dès le mois de janvier 1994 mais il fallut six ans pour que les derniers suspects soient totalement blanchis et pour que la justice déclare que « les autorités policières n’avaient pour seul impératif que de faire déférer, quel qu’en soit le prix, le chef du FIS en France pour donner un caractère de réussite à l’opération Chrysanthème (…) au mépris des règles de droit les plus élémentaires, en maquillant la vérité pour tromper la justice. » (Ordonnance de non lieu partiel et de renvoi devant le tribunal correctionnel, tribunal de grande instance de Paris, 7 juillet 2000, cité par Thomas Deltombe, op. cité, p. 207.)

 

Suite à l’assassinat, le 3 août 1994, de trois gendarmes et de deux agents consulaires français à Alger, une autre opération de la DRS algérienne pour faire basculer l’opinion française d’après Rivoire et Aggoun, Charles Pasqua fit arrêter des membres du FIS en France, sans chef d’inculpation, les fit emprisonner dans l’ancienne caserne de Folembray et en fit expulser la plupart. Dans la foulée, il fit interdire des publications algériennes liées au FIS en France et organisa une vaste opération de contrôle d’identité (Le Canard enchaîné parla de 27 000 vérifications d’identités en deux semaines), au nom de la lutte antiterroriste, qui servit surtout à arrêter des étrangers sans papiers (Sur l’opération de Folembray, voir Thomas Deltombe, op. cité. p. 207-211.).

 

En décembre 1994, suite au détournement d’un vol d’Air France Alger-Paris, commencèrent des rafles successives contre le « réseau Chalabi », un réseau supposé d’aide aux forces du GIA en France. Menées par le juge  Jean-Louis Bruguière, les spectaculaires rafles donnèrent lieu à des centaines d’arrestations et aboutirent finalement, au mois de juillet 1998, à un procès gigantesque où 138 prévenus furent jugés. Un tiers des prévenus furent acquittés en janvier 1999 et les autres ne furent condamnés qu’à des peines légères compte tenu des faits initialement reprochés, souvent couvertes par la préventive, quand ils ne furent pas condamnés pour simple séjour irrégulier sur le territoire français. Tout au long de l’instruction, la presse fut largement alimentée en « fuites » retentissantes justifiant les arrestations a posteriori.

 

Les attentats de l’automne 1995 et la très médiatique traque de Khaled Kelkal, attentats qui soulèvent encore bien des interrogations (Jean Louis Debré lui-même, alors ministre de l’Intérieur, s’interrogea sur une possible manipulation des services secrets algériens dans ce dossier : « la sécurité militaire algérienne voulait que l’on parte sur de fausses pistes tout simplement pour que l’on élimine des gens qui les gênent », cité dans « Attentats : Jean-Louis Debré sévèrement critiqué », par Franck Johannes, Libération, 23 septembre 1995.), contribuèrent également à l’association entre le monde arabe, l’islamisme et « le » terrorisme dans l’opinion française, présupposé que le « 11-Septembre » renforça encore davantage.

 

Aujourd’hui, l’amalgame entre islam, islamisme et terrorisme est un lieu commun. Quand Pascal Bruckner déclara dans une de ses nombreuses tribunes dans Libération que : « Si tous les musulmans ne sont pas terroristes, une majorité de terroristes se réclament de l'islam » (« Les deux blasphèmes », par Pascal Bruckner, Libération, 6 mars 2006), il ne provoqua aucun tollés car il ne faisait qu’énoncer un lieu commun que Philippe de Villiers résuma ainsi : « l’islam est le terreau de l'islamisme et l'islamisme est le terreau du terrorisme » (Philippe de Villiers, 26 juillet 2005, journal de 13 heures, TF1.), une conclusion directement empruntée au syllogisme du théoricien islamophobe états-unien, et signataire de nombreux appels du PNAC, Daniel Pipes : « Si la majorité des musulmans ne sont pas des islamistes, et si la majorité des islamistes ne sont pas des terroristes, tous les terroristes islamistes sont des musulmans. » (« The Enemy within [and the need to profile] », New York Post, 24 janvier 2003.), un argument qui servait à l’auteur à justifier des measures discriminatoires contre les musulmans. Cette idée est tant banalisée que même le grand mufti de Marseille, Soheib Ben-Cheik, ne voyait plus d’autres sources au terrorisme que l’islam quand il affirmait : « On devient pratiquant, trop pratiquant, puis juge des consciences et, un jour, on passe à l'acte. Il n'y a qu'à voir le 11 septembre ou les arrestations quotidiennes en France pour comprendre que la frontière entre la pratique et le terrorisme est flexible. » (« Le mufti de Marseille veut un autre Islam de France », La Provence, 19 juin 2003.).

 

Partant de ces postulats, il est facile d’imaginer que terrorisme et monde musulman sont intrinsèquement liés et que tous les attentats commis par des musulmans appartiennent à une mouvance commune existant de longue date, voire de faire du terrorisme un phénomène consubstantiel à l’islam et donc d’en livrer une vision essentialisée, a-historique ou anachronique. C’est ce que fit, notamment aux États-Unis, le très influent pasteur Franklin Graham, fils de Billy Graham, qui fut le directeur de conscience officieux d’Eisenhower, Nixon ou encore Reagan, Franklin Graham est le dirigeant de Samaritan’s Purse, une organisation théologico-politique proche du parti Républicain et du Pentagone à prétention religieuse et humanitaire ; c’est à Franklin Graham que George W. Bush demanda de lire la prière publique le jour de son investiture le 20 janvier 2001. Ce dernier assura que l’islam était une religion « maléfique » et que Mahomet était « un terroriste ». En France, on se montre moins direct mais certains tiennent un discours analogue en comparant la violence des attentats terroristes actuels avec les textes coraniques pour y voir une continuité comme le fit, par exemple, Robert Redeker, dans sa tribune « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre » (Le Figaro, 19 septembre 2006) : « Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le recours à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine. ».

 

Le producteur de la chaîne franco-allemande Arte et réalisateur de documentaire, Daniel Leconte,  et le directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, pour leur part, estimèrent à plusieurs occasions que le « terrorisme islamiste » avait des liens anciens avec les attentats de la Guerre d’Algérie, réécrivant l’histoire coloniale française pour en faire une guerre au terrorisme avant l’heure. Daniel Leconte s’interrogeait ainsi au détour d’une interview dans Charlie Hebdo : «Qui va pouvoir faire le lien entre l’attentat du Milk Bar [Note de CPPN : Le 30 septembre 1956, le Front de libération nationale algérien pose une bombe au Milk Bar, un café fréquenté par les militaires français et des civils pieds-noirs.] et celui du World Trade Center s’il ne connaît pas toutes les subtilités de cette histoire ? » (« Vergès c’est l’histoire du terrorisme », interview de Barbet Schroeder par Jean-Baptiste Thoret, Philippe Val et Daniel Leconte, Charlie Hebdo, 11 juillet 2007) tandis que Philippe Val reprenait cet argumentaire : « Ben Laden incarne tellement quelque chose ! Il a repris à son compte quelque chose qui existait avant lui, le terrorisme aveugle (…) et suicidaire. C’est quelque chose qui commence surtout à se formaliser et à se théoriser pendant la Guerre d’Algérie, c’est pour ça que c’est quelque chose qui nous concerne beaucoup, nous, les Français. Parce que c’est l’attentat du Milk Bar ! Et il y a un arc qui va de l’attentat du Milk Bar à Ben Laden. Ben Laden a récupéré tout cela et toute cette symbolique. » (Philippe Val dans « Breaking News », Canal Jimmy, 28 février 2008). Daniel Leconte reprendra fréquemment cette analogie entre les attentats du 11 septembre 2001 et celui du 30 septembre 1956, notamment dans son livre « Camus, si tu savais » (Seuil, 2006) et dans l’interview qu’il accorda à France Inter lors de la « spéciale Camus » que la chaîne, désormais dirigée par Philippe Val, consacrait à l’écrivain le 4 janvier 2010. Il répéta à l’envie que l’attentat du Milk Bar était la naissance des attentats aveugles visant aussi bien les civils que les militaires, une thèse absurde qui fait fi des nombreux précédents historiques. A titre d’exemple, et sans même citer les nombreux cas où des armées terrorisèrent des populations en s’en prenant sciemment à des civils pour mâter des rebellions – ce qui est également du terrorisme si on s’en tient à la définition du secrétaire de l’ONU en 2005 - on rappellera qu’en 1857, Friedrich Engels observait que les Chinois opposés à la présence britannique à Hong Kong envoyait du pain empoisonné à l’arsenic dans la colonie européenne ou commettait des massacres contre tout Européen, civils comme militaires, qu’il croisait (« La Perse et la Chine », article paru dans le New York Daily Tribune, le 5 juin 1857 et repris dans « Du colonialisme en Asie », une compilation des articles de Marx et Engels sur la colonisation de l’Asie par l’empire britannique – Mille et une nuits, 2002).

 

L’amalgame « islam-terrorisme » est désormais bien implanté et cette représentation collective a, bien évidemment, des effets politiques.

 

(Voir la quatrième partie)

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mad 15/09/2011 08:56


:)


mehdi 14/09/2011 15:45


J'espère que tu as conscience que tu assombris considérablement mon regard sur les médias et les "intellectuels" comme les politiques contemporains. Parce que j'apprends beaucoup en te lisant. Et
que je découvre avec une certaine amertume teintée d'horreur la manière dont on a fait de moi un stigmatisé.


BFR 14/09/2011 15:40


Ca mitraille, un post par jour, faut suivre !


CPPN 14/09/2011 15:46



Un tous les deux jours en fait.


Sauf changement, je publierai le quatrième volet vendredi et le cinquième et dernierdimanche ou lundi.