La construction de « Le » Terrorisme (première partie)

Publié le par CPPN

A l’occasion des commémorations des attentats du 11 septembre 2001, chaque chaîne de télévision, chaque radio et chaque journal s’est senti dans l’obligation de faire des émissions ou des numéros spéciaux consacrés à l’évènement. La plupart ont servi à leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs un même cocktail dont les proportions étaient toujours à peu près identiques : un tiers d’images chocs, un tiers de pathos, un tiers de « débats » avec les experts mondains habituels. Dans ces commémorations médiatiques, il est beaucoup question « du » terrorisme, bêtement présenté comme un phénomène unifié là où il ne s’agit que d’une technique largement utilisée de par le monde. Quand je dis que cette technique est « largement utilisée », cela ne signifie pas que, contrairement à ce que beaucoup de dirigeants politiques voudraient nous faire croire, la menace soit omniprésente et massive, simplement que de nombreux mouvements armés dans le monde l’utilisent à un moment ou un autre, sur tous les continents.
 
A force d’émissions ou d’articles traitant de la question « du » terrorisme, sans jamais le définir ou s’interroger sur le bien fondé de cette présentation unificatrice – comme le fit France Inter ce 9 septembre 2011 – un certain nombre de fausses évidences se sont fermement implantées dans les représentations collectives et l’opinion. S’arrêter un instant et prendre du recul sur ce sujet en le définissant et en réfléchissant à l’usage du mot me paraît donc aussi salutaire qu’indispensable. Comprendre sa définition, comment sa perception a évolué pour en faire un phénomène faussement unifié, comment « Le » terrorisme a été associé médiatiquement au monde musulman dans le monde occidental et en France et comment il a été dramatisé pour faire accepter des législations répressives et des atteintes aux libertés, voilà ce qui sera le sujet des prochains billets de cette semaine.
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Qu’est-ce que le terrorisme ?
Il s’agit d’une question faussement évidente tant elle continue de poser des difficultés sur le plan de la légalité internationale. En effet, le mot même de terrorisme implique un jugement moral péjoratif puisqu’il évoque systématiquement la mort d’innocents. Par conséquent, tous les États ont une définition officielle du terrorisme conçue de façon à souligner le caractère « terroriste » des adversaires désignés du moment et à exonérer l’État en question de toute accusation de terrorisme. C’est pour ce motif qu’il n’en n’existe pas réellement de définition internationalement reconnue. La définition se basant sur le consensus le plus large est sans doute celle détaillée par le secrétaire général des Nations unies en 2005. Suivant cette définition, un acte terroriste est « tout acte qui vise à tuer ou à blesser grièvement des civils ou des non-combattants et qui, du fait de sa nature ou du contexte dans lequel il est commis, doit avoir pour effet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à agir ou à renoncer à agir d’une façon quelconque » (« Dans une liberté plus grande », Rapport du secrétaire général des Nations Unies, mars 2005, p. 67). En d’autres termes, et comme l’a résumé l’expert néerlandais auprès de l’ONU Alex P. Shmid, le terrorisme est « l’équivalent d’un crime de guerre en temps de paix », une définition validée par certaines cours de justice de par le monde, telle la Cour suprême indienne en 2003.
 
Mais cette définition des actes terroristes, si elle apparaît comme de bon sens, est loin d’épuiser le sujet. Ainsi, le Royaume-Uni considère que le dérèglement volontaire d’un système électronique ou des dommages causés à une propriété privée dans un but politique ou religieux peuvent être considérés comme un acte de terrorisme (Introduction du Terrorism Act 2000), mais ces actions n’entrent pas dans les définitions de l’ONU. Plus largement, le point central du problème de définition internationale du terrorisme repose sur la prise en compte ou la non prise en compte du droit à l’autodétermination et du terrorisme d’État. De nombreux États, et notamment les États arabes, considèrent que les combattants palestiniens qui se battent pour disposer d’un territoire, que l’ONU reconnaît comme occupé, mènent une lutte légitime et ne doivent pas être considérés comme des terroristes. A l’inverse, ils jugent que les actions contre des civils menées par l’armée israélienne dans les territoires occupés sont des actions terroristes. Israël et ses alliés jugent que les attentats palestiniens, qu’ils soient commis ou non contre des cibles civiles, sont des actes terroristes et que son action militaire est légitime. Un débat similaire s’est engagé à la fin du mois d’octobre 2008, après que les États-Unis ont organisé une opération héliportée dans un village syrien, causant des morts civiles. Pour Washington, il s’agissait de combattre des terroristes menant des opérations en Irak depuis la Syrie. Pour Damas, la mort de civils tués par des forces armées s’étant introduites sur un territoire souverain était une opération terroriste.     
 
Les États-Unis considèrent que le terrorisme consiste en « une violence préméditée et motivée par des raisons politiques, perpétrée par des groupes subnationaux ou des agents clandestins contre des objectifs non-combattants » (Article 22 de l’United States Code, Section 2656f(d)), une définition qui ne reconnaît comme « terroriste » que les actions qui ne sont pas menées par les États. Elle n’empêche pas les États-Unis de considérer qu’un certain nombre d’États soutiennent des mouvements terroristes et peuvent donc être considérés, à ce titre, comme des « États terroristes ».     
 En France, l’article 421.1 du Code pénal définit comme acte terroriste tout acte violent mené intentionnellement, en relation avec une entreprise individuelle ou collective, ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Une définition qui exclut également le terrorisme d’État.
 
Pourtant, le mot « terrorisme » apparaît vers 1794, après la chute de Robespierre et, à l’époque, le terme désigne le soutien actif à la politique de la « Terreur » montagnarde. Il fait son apparition dans le dictionnaire de l’académie en 1798. « Terrorisme » fut donc conçu pour désigner une action d’État avant de s’élargir à des mouvements politiques non-étatiques.
 
La conception du terrorisme comme foncièrement non-étatique est pourtant dominante aujourd’hui dans le monde occidental. Même les mouvements les plus opposés aux politiques étrangères agressives des États-Unis et de leurs alliés continuent de considérer bien souvent que le terrorisme n’est que « l’arme des faibles », excluant, de facto, les États de cette qualification. Pourtant, quelle différence y a-t-il entre la destruction d’un immeuble d’habitation par une bombe posée par un membre d’une organisation non-étatique et celle résultant d’un bombardier aérien quand ces actes visent à faire céder un gouvernement ou une population ? Le résultat comme l’intention sont, a priori, la même mais la seconde bénéficie d’une aura de légitimité que n’a pas la première.
 
Durant la Guerre contre l’Irak, en 2003, l’armée états-unienne utilisa la stratégie dite de la « Rapid Dominance » (domination rapide), plus connue par son sobriquet rappelant l’objectif désiré : le « Shock and Awe » (choc et effroi). Cette stratégie a été théorisée en 1996 par Harlan K. Ullman et James P. Wade, professeurs à la National Defense University (le professeur Ullman y fut notamment le professeur de stratégie de Colin Powell). Elle consiste, principalement, en des bombardements massifs écrasant l’ennemi, le privant de toutes ses infrastructures militaires et civiles, ce qui est supposé le laisser stupéfait et sans réaction. Les théoriciens de cette stratégie déclarent dans leur rapport : « L’objectif clé de la Domination rapide est d’imposer un niveau extrêmement important de choc et d’effroi à un adversaire sur une base temporelle immédiate ou suffisante pour paralyser sa volonté de continuer à se battre. En terme cru, la Domination rapide permet de prendre le contrôle de l’environnement, et de paralyser les perceptions de l’adversaire et ses capacités de compréhension, ou au moins de tant les saturer, que l’ennemi se retrouve incapable de résister sur les plans tactique et stratégique.(…) L'usage approprié du Choc et de l'effroi doit provoquer (...) un sentiment de menace et de peur d'agir, qui peut abattre totalement ou en partie la société adverse, ou réduire considérablement ses capacités de combattre par la destruction des moyens matériels » (Harlan K. Ullman and James P. Wade, « Shock And Awe: Achieving Rapid Dominance », National Defense University, 1996). Dans leur stratégie, les auteurs estiment qu’il est essentiel que les structures civiles, telles que les moyens d’approvisionnement en nourriture ou en eau, soient sciemment visées, tout comme les moyens de communication. Pourtant, les auteurs se donnent bonne conscience en recommandant de minimiser les victimes civiles afin que l’effort de guerre ne souffre pas d’une antipathie forte de la part de l’opinion publique internationale. Il s’agit bien évidemment d’un vœu pieu puisqu’il est exclu que des structures non-militaires, par définition situées à proximité de zones d’habitation, soient bombardées sans provoquer de nombreuses victimes civiles. En outre, même si les populations ne sont pas directement touchées au moment des bombardements de ces cibles, le contrecoup de l’absence de distribution d’alimentation ou d’eau potable est toujours une surmortalité.
 
La stratégie du « Shock and Awe » a donc comme but assumé de détruire des objectifs non-militaires afin de terroriser suffisamment la population pour parvenir à un objectif politique. Elle entre ainsi parfaitement dans la définition de l’action terroriste telle qu’elle a été définie par le secrétaire général de l’ONU en 2005 et elle fut d’ailleurs considérée comme telle par une large part de la population mondiale. Comme le fit remarquer à l’époque Brian Whitacker, journaliste du Guardian : « Bien que cette attaque ait été conçue pour terrifier le régime de Bagdad et le réduire à la soumission, personne à Washington ne semble avoir anticipé son effet sur le reste du monde. Pour beaucoup, dans les pays arabes ou musulmans, le Shock and Awe est du terrorisme sous un autre nom. » (« Flag in the dust », The Guardian, 24 mars 2003). Bien évidemment, les dirigeants états-uniens et leurs alliés ne considérèrent jamais que leurs actes puissent être qualifiés de « terroristes » et, avec une simultanéité quasi-parfaite, George W. Bush (le 10 avril 2003) et Tony Blair (le 11 avril 2003) déclarèrent, dans des messages télévisés, soi-disant à destination des Irakiens, que l’action de leur armée visait avant tout à faire le moins de victimes civiles possibles. Ces allocutions furent reprises sur les chaînes du monde entier mais furent sans doute peu vues par des Irakiens privés d’électricité du fait même des bombardements planifiés par le « Shock and Awe ».
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 Les effets du « Shock and Awe » sur Bagdad le 19 mars 2003.
 
 
Cette image d’une coalition qui, quoi qu’on pense de la guerre, s’efforçait de limiter les victimes civiles s’imposa dans la presse mainstream occidentale, presse où l’image d’une action militaire « occidentale » assimilable à du terrorisme était absente. Les morts irakiennes civiles n’étaient que des « bavures » ou des « dommages collatéraux » sans grande importance. Ainsi, quand le 1er avril 2003, les GIs mitraillèrent un bus sur la « route n°9 » en Irak, tuant 14 personnes, le reporter de France 2 estima qu’il s’agissait d’« un nouveau coup dur pour les troupes alliées qui tentent de fraterniser avec la population irakienne. ». Quelques jours plus tôt, Le Figaro estimait pour sa part que les morts civiles des bombardements n’étaient pas de la responsabilité états-unienne mais : « le résultat de l’habile stratégie irakienne, consistant à disperser ses forces à l’intérieur des villes. Chaque civil tué augmente à la fois la réprobation de l’opinion internationale, et l’hostilité des populations irakiennes face à la coalition anglo-britannique » (« Première bavure de la coalition à Bagdad : 14 morts, 30 blessés », par Adrien Jeaulmes, Le Figaro, 27 mars 2003). Traitant du bus mitraillé quelques jours plus tard, Le Figaro excusait la tuerie en rappelant que « tout villageois est un terroriste en puissance » et que par conséquent : « Dans la bavure de la route n°9, les responsabilités sont sûrement partagées » (« Le Pentagone mis à mal par les bavures », par Jean-Jacques Mével, Le Figaro, 2 avril 2003). Sûrement !
 
   
Ainsi, la stratégie états-unienne visant explicitement des cibles civiles n’entraînait que des morts « accidentelles », tandis que les Irakiens susceptibles de défendre leur pays contre une invasion, illégale au regard du droit international, en s’attaquant à des cibles militaires étaient des « terroristes potentiels ». Une logique uniquement compréhensible si l’on intériorise au préalable une définition du mot « terroriste » qui exclut les États de cette qualification. Au contraire, une attaque contre les forces officielles d’un État, et surtout d’un État occidental, est souvent assimilée médiatiquement à du « terrorisme ». Ainsi, à titre d’exemple, le quotidien Libération, assimila, sans preuves, des groupes anarchistes grecs occupant l’école polytechnique d’Athènes à des terroristes d'extrême gauche ayant revendiqué un attentat contre l’ambassade états-unienne en Grèce. Pourtant, de l’aveu même du journaliste, les autorités grecques n’établissaient aucun lien entre les deux groupes. Le dessin accompagnant l’article, réalisé par Riss, dessinateur de Charlie Hebdo participant pour l’occasion au quotidien dans le cadre d’un numéro spécial, représentait un jeune grec rêvant de réitérer les attentats du 11 septembre 2001. Cette logique, si elle n’est pas unanimement partagée dans la presse française, est largement répandue.
         
 
On le voit, la qualification unanime d’une action comme « terroriste » pose un problème au niveau international. Mais ce problème devient quasi-insurmontable lorsqu’il s’agit de définir, en outre, une organisation comme terroriste, c’est à dire de décider si une structure peut être définie par son usage du terrorisme à l’exclusion de tout autre critère.
 
     
La branche politique du Hamas n’a été considérée comme une organisation terroriste par l’Union européenne que le 21 décembre 2005, lors de la réévaluation de cette liste créée en décembre 2001. Auparavant, l’Union européenne faisait la distinction entre le Hamas en tant que parti politique et sa branche armée. La liste des organisations terroristes de l’Union européenne est constituée par une commission d’experts et cette inscription ne nécessite pas de preuves formelles pour être décidée. Des « indices sérieux et crédibles » (Journal officiel de l’Union européenne, 27 décembre 2001) suffisent. Dans ce type de décisions, les pressions diplomatiques sont très importantes et les États-Unis et Israël ont pesé de tout leur poids pour que la branche politique du Hamas soit considérée comme une organisation terroriste par les Européens. Ces mêmes pressions s’exercent pour pousser l’Union européenne à inscrire le Hezbollah libanais sur sa liste noire. En septembre 2006, 88 sénateurs et 209 représentants états-uniens signèrent une lettre demandant solennellement à Javier Solana, alors Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne, d’inscrire l’organisation libanaise chiite sur la liste des organisations terroristes. Cette initiative fut soutenue dans chaque pays européens par des dirigeants atlantistes en vue. En France, en janvier 2007, 45 députés de la majorité parlementaire (44 de l’UMP et un de l’UDF) cosignèrent une lettre ouverte de Claude Goasguen et Dominique Tian demandant cette inscription et soutenant, sans la citer, la position des parlementaires états-uniens. Cette proposition ne fut pas suivie par le gouvernement français.
 
   
 
Mais si l’inscription officielle d’une organisation sur une liste de mouvements terroristes dépend énormément de la définition adoptée par l’instance chargée de la rédaction de la liste, du rapport de force du moment, des objectifs politiques de l’État et de la législation en vigueur, la qualification morale et médiatique de ce qui est « terroriste » est relativement unifiée dans l’imaginaire collectif actuel. Cette représentation du terrorisme s’affranchit parfois considérablement des définitions officielles légales, même si elles peuvent provenir de responsables politiques au pouvoir.
 
     
Ainsi, bien que le Hezbollah ne soit toujours pas considéré comme une organisation terroriste par la France et l’Union européenne aujourd’hui, Lionel Jospin, alors Premier ministre, avait désigné ainsi l’organisation chiite libanaise lors d’un voyage en Israël en février 2000. Ce discours, dénoncé par le courant gaulliste en France, avait reçu le soutien d’une partie de la presse et de figures atlantistes telles Alain Madelin. Quelques années plus tard, participant à un tchat internet avec des lecteurs du Monde, le journaliste Alain Vernet, spécialiste des questions proche-orientales dans le quotidien du soir, assurait tranquillement à un lecteur s’interrogeant sur la nature terroriste du mouvement libanais : « La difficulté est de donner une définition du terrorisme, mais les Américains comme les Européens considèrent le Hezbollah comme une organisation terroriste. », ce qui, pour les Européens, est faux (« Proche-Orient : quelle solution diplomatique ? », tchat avec Daniel Vernet, Le Monde, 27 juillet 2006). Ce point de vue sur le Hezbollah est pourtant largement partagé et il est désormais risqué pour un homme politique français de discuter avec cette organisation, interlocuteur incontournable au pays du Cèdre, sans être considéré comme faisant preuve de complaisance avec « le terrorisme ». Malgré tout, à en croire les listes officielles des organisations terroristes, la France ne place pas le Hezbollah dans cette catégorie.
 
     
A l’inverse, l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), organisation iranienne inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne - Cette inscription fait toutefois l’objet d’une intense contestation juridique, toujours en cours à l’heure où j’écris ces lignes - et sur la liste du département d’État états-unien en raison des attentats qu’elle a commis en Iran contre des cibles civiles et de son soutien actif à la répression des Kurdes en Irak pour le compte de Saddam Hussein, est rarement présentée comme une organisation terroriste dans les médias. Ceux-ci lui ouvrent même facilement leurs colonnes. Ainsi, en France, Maryam Radjavi, la dirigeante du mouvement, a pu demander, à plusieurs reprises, le soutien des Occidentaux dans son action contre Téhéran et acheter des pages de publicité dans Le Figaro (« Non, les Iraniens ne veulent pas tous la bombe ! », par Maryam Radjavi, Le Figaro, 29 juin 2006.  Elle publia également une tribune dans le même quotidien le 10 octobre 2008). Aux États-Unis, Ali Safavi, porte-parole de l’organisation, avait pu, auparavant, défendre un point de vue analogue dans le New York Times (« An Election Nobody Will Win », New York Times, 18 février 2004) ou le Washington Times (« Ignoring Tehran's threats » Washington Times, 13 janvier 2006). Le 24 janvier 2004, le mouvement avait organisé un grand meeting à Washington, en présence de Richard Perle, ancien conseiller de Donald Rumsfeld et figure du mouvement néoconservateur. D’autres figures conservatrices US ont figuré à ses rassemblements.
 
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Maryam Radjavi (en bleu) à la gauche de l’ancien maire de New York Rudy Giuliani le 18 juin 2011, ce dernier exigea lors de cette réunion que l’OMPI soit retiré « immédiatement » de la liste des organisations terroristes US.
L’OMPI n’est pas seule à bénéficier de cette indulgence aux États-Unis. Luis Posada Carriles, ancien membre des services secrets vénézuéliens et de la CIA, responsable d’une série d’attentats à Cuba, dont l’explosion, en plein ciel du vol, Cubana 455, qui fit 76 victimes civiles le 6 octobre 1976, continue de vivre libre aux États-Unis malgré sa condamnation par contumace pour ce crime au Venezuela et la revendication de ces attentats par l’intéressé lui-même, dans une interview au New York Times daté du 12-13 juillet 1998. Les avocats de Luis Posada Carriles assurent que leur client bénéficie de protections hauts placés et que les demandes d’extraditions demeureront bloquées par le département de la Justice (« The GOP's Bill Ayers ? », par Ann Louise Bardach, Slate, 15 octobre 2008).
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Luis Posada Carilles lors d’une récente manifestation anticastriste à Miami.

 

Ainsi, une organisation classée officiellement comme terroriste ne bénéficie pas du même traitement qu’une autre qui ne l’est pas au motif, non avoué, que sa cible principale n’est pas un État occidental mais, au contraire, un État accusé de soutenir « le terrorisme » par les Occidentaux. Dans un communiqué de presse du 28 avril 2006, la dirigeante des Moudjahidine du peuple, Maryam Rajavi, l’annonçait d’ailleurs fièrement : « Les autorités américaines ont reconnu officiellement en juillet 2004 qu'aucun membre des Moudjahidine du peuple n'avait aucun lien (sic) avec le terrorisme », ce qui n’est qu’à moitié vrai. Certaines autorités états-uniennes, à commencer par le département d’État, continuent de considérer l’OMPI comme une organisation terroriste… du moins au moment où j’écris ces lignes. En revanche, certains hommes politiques états-uniens nient la dimension terroriste de cette organisation et s’accordent pour considérer que le mouvement de Maryam Rajavi n’est pas lié « au terrorisme », c’est à dire à l’adversaire désigné de la « guerre au terrorisme » : LE terrorisme.

 

Car, en plus des définitions officielles internationales, se contredisant, et des jugements de valeurs associés à l’épithète, il existe une autre division non assumée et implicite distinguant entre elles les organisations terroristes, ou au moins accusées de l’être. Certaines sont des organisations terroristes et d’autres appartiennent « au » terrorisme, c’est à dire au « terrorisme international », une appellation fourre-tout, mal définie (et à l’existence réelle plus que douteuse) qui évoque irrémédiablement Al Qaïda, l’islam « intégriste » et le Proche-Orient. Un terrorisme vu comme unifié et comme l’ennemi à abattre dans cette « Guerre mondiale » dans laquelle nous sommes embarqués.

 

 

(Voir la deuxième partie)

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BFR 12/09/2011 14:36


Dans ton dernier commentaire tu cites "avoir pour effet d'intimider"
N'est-ce pas un point plus fondamental et caractéristique du terror-isme que son origine étatique ou non ? Je reste bêtement fidèle à une définition par étymologie...

Belle entrée en matière, en tout cas, on attend la suite.


CPPN 12/09/2011 14:50



Je suis d'accord, mais cette action d'intimidation par la violence contre des cibles non-combattantes peut être menée par un État, donc j'estime qu'ils ne devraient pas être exclus des acteurs
pouvant être qualifiés de "terroristes".



mad 12/09/2011 13:13


mais dans ce cas, c'est soit un crime de guerre, soit un crime contre l'humanité :)


CPPN 12/09/2011 13:49



Si on prend la définition du terrorisme du rapport du Secrétaire général de l'ONU de 2005, rien n'interdit de qualifier un crime de guerre ou un crime contre
l'humanité de terrorisme. Ce qui fait la spécificité du terrorisme c'est que l'action menée doit, via la mort ou la blessure de populations
civiles : "avoir pour effet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation
internationale à agir ou à renoncer à agir d’une façon quelconque".


Certes, la plupart des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité entrent dans cette catégorie mais pas tous.


A l'inverse, le fait d’exclure systématiquement les États de la définition du terrorisme a permis d’étendre considérablement la définition des actes terroristes dans
beaucoup de législations occidentales et donc de traiter de nombreux délits en utilisant les procédures d’exception mises en place dans le cadre des lois anti-terroristes sans que les services de
l’État ne risquent un retour de bâton mal venu.


Pour reprendre l’exemple de la loi britannique que j’évoquais dans ce billet, hacker un site internet gouvernemental est un acte de terrorisme dans la loi
britannique mais le terrorisme n’est, dans cette même législation, que le fait des particuliers ou des groupes non-étatiques. Ce n’est pas neutre : le Royaume-Uni peut inculper un individu
qui s’en prendrait à un site étatique sur son territoire si l’État étranger porte plainte auprès de la Justice britannique tout comme elle peut s’attaquer aux Hackers locaux qui s’attaqueraient
aux sites gouvernementaux du Royaume-Uni avec des gardes à vue extrêmement longues et renouvelables. Mais la justice britannique serait incompétente à juger l’État britannique pour
« terrorisme » si un pays comme l’Iran, qui accuse le Royaume-Uni d’avoir collaboré à la diffusion du virus informatique Stuxnet contre ses centres d’enrichissement nucléaires, venait à
attaquer le Royaume-Uni en justice sur ce point.



mad 12/09/2011 12:49


Je me trompe peut être (probablement), mais si le terrorisme ne peut être juridiquement l'action d'un état, c'est que l'action violente d'un état contre un autre, c'est la guerre.
Quelque soit la forme de l'acte ou les faux nez employés.

Je retiens ta manière de formuler "acte de guerre en temps de paix", concis et élégant, j'adopte.


CPPN 12/09/2011 13:00



Oui, ceci dit, la guerre menée peut utiliser des méthodes terroristes si elle vise à soumettre la population en ciblant sciemment les civils sans d'autres objectifs
stratégiques que de les faire craquer et accepter la soumission.


De même, un État peut également avoir une action qu'on peut qualifier de terroriste quand il cible sciemment une population civile dont il a théoriquement la charge,
telle une minorité ethnique en rébellion ou une population d'un territoire qu'il occupe.