C’est pas si dur d’être respectable (Deuxième partie)

Publié le par CPPN

(début de l'article)

Dans son livre « Réflexion sur la question blanche », Gilles-William Goldnadel reprend une idée qui se répand de plus en plus et vers lesquels convergent des penseurs d’extrême-droite, la droite sioniste et des auteurs néolibéraux : L’Occident est menacé de l’intérieur et de l’extérieur par la civilisation arabo-musulmane, les juifs appartiennent au monde occidental et ils sont en première ligne de ce combat en Israël, il faut donc protéger cet avant-poste de « la » civilisation. Pour adhérer à une telle lecture du monde, il faut, bien sûr, imaginer le monde comme composé de civilisations globalement unifiées, très différentes les unes des autres et totalement imperméables. L’essentialisation et le racisme ne sont jamais très loin de ces théories.

Au lendemain du 11-Septembre, des auteurs issus de l’extrême-droite néo-païenne comme Alexandre Del Valle ou Guillaume Faye se sont convertis à une pensée atlantiste et sioniste faisant de l’ennemi principal l’Islam. Alexandre Del Valle qui fut l’auteur, dans les années 90, de pamphlets très antiaméricains et, dans les années 80, un auteur apprécié par l’extrême-droite, a changé son fusil d’épaule et compare désormais, dans ses livres, l’islam au fascisme tout en louant les politiques états-uniennes et israéliennes les plus belliqueuses. Désormais membre de l’UMP, après être passé par les réseaux pasquaïens, son ouvrage le plus connu « Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties » (Les Syrtes, 2002) a été préfacé par Rachid Kaci, conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Guillaume Faye est (entre autres activités) un ancien du GRECE d’Alain de Benoist et du mouvement racialiste, autrefois satellite du FN, Terre et peuple. Alors que ses anciens amis ne rechignaient pas à reprendre dans leurs publications une iconographie directement repompée ou très inspirée par les journaux nazis des années 30, sa thèse principale aujourd’hui est que contre l'Islam, les nationaux-identitaires européens doivent s'allier à Israël et aux sionistes juifs de la diaspora.

lien Grece-Germanien

A droite, une illustration issue de la 4ème de couverture d'un numéro d'Éléments, la revue du GRECE, comparable à la couverture d'un numéro de la revue nazie des années 40 Germanien, à gauche. (Photos extraites de La culture graphique de la Nouvelle Droite, Art Press, n° 223, Avril 1997.)

 

 

Parmi les chrétiens traditionnalistes, Bernard Anthony, président et fondateur de l'AGRIF, association intégriste spécialisée dans les procès pour « racisme anti-chrétien », a eu une position plus constante sur ce point. Ayant toujours considéré que le communisme et l’islamisme étaient les principaux dangers pour le christianisme, il a toujours été assez proche de personnalités juives d’extrême-droite comme Jean-Pierre Cohen avec qui il a animé le Cercle d'Amitié française juive et chrétienne et avec qui il rédigea un argumentaire du FN : « Ni raciste, ni antisémite, le FN répond aux organisations juives qui le combattent injustement. ». Bernard Anthony fut cependant élu européen du FN de 1984 à 1999 sans s’émouvoir particulièrement, en tout cas en public, des sorties de son président sur les juifs ou sur le génocide. Jean-Pierre Cohen est aujourd’hui membre de l’UMP après avoir rallié le mouvement de Bruno Mégret lors de la scission de 1999. Bernard Anthony a quitté le FN en 2008 et a été un compagnon de route du groupuscule de Carl Lang, le Parti de la France, avant de s’en éloigner en dénonçant les liens que ce mouvement avait tissé avec des groupuscules antisémites.

Ces évolutions ou ces parcours semblent avoir inspiré Marine Le Pen en dépit des oppositions ou haines personnelles qui l’opposent à certaines de ces personnalités. Elle a ainsi, suite à l’annulation de son interview à Radio J, relancé le « Cercle national des juifs français », une association satellite du FN qui fut fondée par l’ancien membre de l’OAS Robert Hemmerdinger qui fut, à la fois, membre du FN et proche de Menahem Begin, ancien Premier ministre israélien du Likoud et ancien membre de l’Irgoun, milice sioniste d’extrême-droite. La volonté de créer des passerelles avec la droite dure sioniste au nom de la lutte contre le « péril musulman » est clairement affichée.

Dans le même temps, une part du mouvement sioniste a développé la rhétorique d’un Israël intrinsèquement occidental pour mieux en appeler à la solidarité européenne et états-unienne contre le monde arabe, au nom d’une proximité ethnique et d’une « communauté de valeurs ». Le journaliste et critique littéraire israélien Yitzhak Laor a démontré dans son livre « Le nouveau philosémitisme européen » (La Fabrique, 2007) comment cette rhétorique était développée par de nombreux auteurs israéliens survalorisant constamment la proximité des Israéliens, et des juifs en général, avec le monde occidental et insistant sur l’éloignement culturel entre Israël et ses voisins arabes, une stratégie ayant pour conséquence de gommer la culture sépharade ou celle des juifs issus ou vivant encore dans les pays africains ou du Proche et Moyen-Orient et à faire de la culture ashkénaze à la sauce sioniste la seule culture juive légitime. Ariel Sharon, alors Premier ministre, estimait, dans une interview au site d’information EUpolitix.com du 24 novembre 2003, que l’hostilité d’une part de la population européenne à la politique israélienne était lié à un antisémitisme dont les principaux agents aujourd’hui étaient les musulmans, et déclarait même : « La présence musulmane qui ne cesse d’augmenter en Europe met clairement la vie des Juifs en danger. ». Bref, la critique d’Israël était de l’antisémitisme et l’antisémitisme était désormais une pensée issue d’éléments présentés comme exogènes et dangereux. Cette rhétorique présentant tous les juifs comme appartenant à un monde unifié et exclusivement occidental n’est pas nouvelle. Ainsi, le fondateur du sionisme, Théodore Herzl, déclarait dans son livre « L’Etat des juifs » en 1896 que, si Israël se créait en Palestine : « Pour l'Europe, nous formerons là-bas un élément du mur contre l'Asie ainsi que l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie. ».

Cette logique, consistant à voir Israël comme une avancée du monde occidental, et, par conséquent, de « la civilisation », dans un monde barbare, est largement reprise parmi des intellectuels ou des éditorialistes qui ne sont pas traditionnellement classés à l’extrême droite. Ainsi, en écho, probablement involontaire, à la phrase de Théodore Herzl, Philippe Val, alors encore directeur de Charlie Hebdo mais éditorialiste au positionnement politique déjà difficilement définissable, déclarait : « Si l’on regarde une carte du monde, en allant vers l’est : au-delà des frontières de l’Europe, c’est-à-dire de la Grèce, le monde démocratique s’arrête. On en trouve juste un petit confetti avancé au Moyen-Orient : c’est l’État d’Israël. Après, plus rien, jusqu’au Japon. [...] Entre Tel-Aviv et Tokyo règnent des pouvoirs arbitraires dont la seule manière de se maintenir est d’entretenir, chez des populations illettrées à 80 %, une haine farouche de l’Occident, en tant qu’il est constitué de démocraties. » (Charlie Hebdo, 26 juillet 2006). Inutile de préciser que les taux d’illettrisme annoncés sont particulièrement fantaisistes mais ils correspondent si bien à une représentation du monde qui fait de l’Occident un phare de « la » civilisation dans un océan de barbarie qu’un détail comme la véracité ne doit pas être inopportunément rappelé.

Cette promotion d’un Occident vu comme unifié, et auquel appartient nécessairement Israël, est également passé par le retour d’un argumentaire faisant l’apologie d’une culture « judéo-chrétienne » vue comme l’antithèse d’un monde barbare et musulman, thème autrefois réservé à l’extrême-droite. Pierre André Taguieff, autrefois historien critique de l’extrême-droite, dans son livre « La Judéophobie des Modernes » (Odile Jacob, 2008), confesse que toute identité collective nationale ou « civilisationnelle » est un mythe, ce sur quoi je ne le contredirai pas, mais que parfois les mythes peuvent avoir du bon et plaide pour la constitution d’un mythe identitaire « occidental » intégrant Israël et désignant l’islam comme un monde « autre », voire un adversaire : « l’antisionisme et l’antiaméricanisme, positions qu’on trouve distribuées dans tout le spectre idéologico-politique (du centre aux extrêmes), permettent donc aux Européens de se fabriquer polémiquement une identité collective. (…) Face à un tel mixte d’intérêts et de passions, la seule arme efficace est un autre mixte d’intérêts et de passions, qui ne peut se fonder que sur la défense de l’unité occidentale et de l’identité de l’Occident face à ceux qui le désignent en tant qu’ennemi. » (p. 17-18). Au cas où cette première salve n’aurait pas été assez claire, Taguieff enfonce le clou dans la conclusion de son livre : « la nouvelle figure de la judéophobie se dessine autour d’un nouveau type d’affrontement : l’occident judéo-chrétien est mis en accusation  par ses ennemis, qui sont aussi bien intérieurs qu’extérieurs, qu’ils soient révolutionnaires et anticapitalistes, ou bien islamistes et jihadistes, avec leurs alliés et leurs sympathisants néo-tiers-mondistes. » (p. 495). Bernard-Henri Lévy eut des accents proches lorsqu’il parla, dans un de ses éditoriaux du Point, de « cette alliance judéo-chrétienne et, en particulier, judéo-catholique pour laquelle je plaide, ici, depuis tant d'années et qui me paraît être, plus que jamais, l'un de nos moins mauvais remparts contre la tentation du pire. » (Le Point, 14 décembre 2006). Chez BHL, comme chez Taguieff, pas besoin d’être extralucide pour deviner qui, en sous-texte, est désigné comme l’adversaire de cette alliance « occidentale » ou « judéo-chrétienne » qu’il faut constituer d’urgence. Ces deux auteurs ne sont pas isolés en France ou dans le monde et « la communauté de valeurs » ou « les racines communes » entre les États-Unis, l’Europe et Israël appartiennent à la vulgate la plus éculée des discours entourant et prétendant justifier la « guerre au terrorisme » ou la situation politique du Proche-Orient. Le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, Alain Minc estimait même que les attentats du 11 septembre 2001 allait renforcer les liens et les similarités entre Israël, l’Europe et les États-Unis et s’en réjouissait : « nos sociétés occidentales vont devenir des sociétés à l’israélienne. (…) Nos sociétés sont à la fois vulnérables et formidablement solides. Ce qui s’est passé lundi [17 septembre 2001] lors de la réouverture de Wall Street est à cet égard très intéressant. Tout le monde s’est serré les coudes. Là encore, on rejoint la métaphore israélienne. Il n’y a rien de plus fragile et de plus résistant que la société israélienne. Israël a été une maquette pour l’Occident. Ce que nous allons vivre, les Israéliens l’ont vécu depuis longtemps. Maintenant, c’est notre réalité. » (Les Echos, 20 septembre 2001).

L’« identité française », dont veut tellement « débattre » notre gouvernement, est également passée à la moulinette de cette identité judéo-chrétienne mythifiée. Ainsi, Nicolas Sarkozy déclara lors du diner annuel du CRIF le 9 février 2011 : « Si la France a des racines chrétiennes, je l’ai rappelé et pourquoi le nier puisque c’est la vérité, la France a aussi des racines juives. ». Il enfonça le clou le 3 mars au Puy en Velay : « La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture, je suis le président d’une République laïque. Je peux dire cela, parce que c’est la vérité. Je ne fais pas de prosélytisme, je regarde simplement l’Histoire de notre pays. Une fois dit cela, je veux dire que la France a puisé à d’autres sources : il y a quelques semaines, j’ai reconnu et salué les racines juives de la France. Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, qui dans les mêmes pages de son Histoire des Francs, parle pour la première fois non seulement du sanctuaire du Puy-en-Velay mais de la synagogue de Clermont ! ». Dans le même temps, l’UMP lançait le débat sur « la laïcité » pointant les populations musulmanes comme « un problème », tout comme l’avait fait Marine Le Pen. La définition de « l’identité nationale » esquissée par cette succession de discours est claire : la France est une République laïque parce que culturellement judéo-chrétienne, elle a une identité immuable à laquelle les musulmans, étrangers et n’ayant jamais participé à son élaboration, doivent s’adapter.

 On notera que le conseiller de Sarkozy Patrick Buisson, issu des rangs de l’extrême-droite et ancien rédacteur en chef du journal d'extrême-droite, Minute, est souvent considéré comme l’un des principaux promoteurs du fameux « débat ». A l’époque de son passage à Minute, il militait pour le rassemblement dans une même alliance du FN, du RPR et du Parti républicain.

 

De cette identité nationale ainsi définie peuvent se déduire des alliances internationales « logiques » faisant des États-Unis et d’Israël des alliés naturels, qu’il convient de soutenir, et du reste du monde, au premier rang desquels les pays arabes, des adversaires tout aussi « logiques » en raison de leur altérité indépassable, mais aussi de leur supposé retard civilisationnel, logique héritée de la propagande coloniale des siècles passés. Ainsi, en passant pas la valorisation des réalisations israéliennes, il est possible de réhabiliter, par la bande, le vieux discours colonial sur la mission civilisatrice de l’Occident judéo-chrétien. Le journaliste spécialiste des affaires africaines à Libération puis au Monde, Stephen Smith, assura ainsi dans son livre « Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt » (Calmann-Lévy, 2003) : « si six millions d’Israéliens pouvaient par un échange standard démographique prendre la place des tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti [région du Tchad] fleurirait ».Le message est clair : les Israéliens sont de nouveaux pieds-noirs parés de toutes les vertus qu’on attribuait à ces colons méritant aux riches heures de la propagande coloniale. Une optique pas si éloignée de celle de Jean-Marie Le Pen qui, lors de sa première tentative de rapprochement avec la droite sioniste en 2002, avait comparé, pour la louer, la politique anti-palestinienne d’Ariel Sharon à l’action contre le FLN en Algérie.

Dans cette doxa on retrouve l’idée que seul les juifs et les chrétiens, bref « les Occidentaux », sont évolués et que les autres peuples, et en premier lieu les populations musulmanes ou d’origines musulmanes, doivent considérablement changer pour être admises dans les rangs des peuples « civilisés ». Quand Elisabeth Badinter déclare « [Le combat féministe] s'adresse aux jeunes femmes de la première génération de nouveaux arrivants, ou encore aux jeunes filles d'origine maghrébine. C'est pour elles qu'il faut le conduire. Franchement, depuis longtemps, dans la société française de souche, que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu'il y ait une oppression des femmes. » (L'Arche, novembre-décembre 2003) ou quand G.-W. Goldnadel écrit « l’intolérance  a grandement déserté l’église et la synagogue. La radicalité aujourd’hui s’incarne – en dépit de la même réticence à vouloir le constater qui, autrefois, protégeait le communisme en majesté – dans un certain islam politique, dogmatique et conquérant » (L’Express, 22 décembre 2010), ils ne disent pas autre chose.

Depuis quelques années, la thématique du « racisme anti-français » qui était autrefois une thématique propre au FN permettant de renverser la charge de l’accusation de racisme du parti lepéniste vers les populations que cette formation stigmatisait a également pris ses marques dans le discours de nombreux intellectuels ou éditorialistes, pas tous classés à droite. Ce fut notamment le cas lorsque, en marge des manifestations contre le CPE où des jeunes lycéens et étudiants avaient été agressés par d’autres jeunes, un appel supposant que toutes les victimes étaient « blanches » et tous les coupables arabes ou noirs et que ces derniers étaient motivés par le racisme fut signé par de nombreuses figures médiatiques ou politiques (Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff… etc.). La condamnation de ce racisme est au cœur du dernier livre de G.-W. Goldnadel dont le bandeau « Du racisme blanc au racisme anti-blanc », phrase laissant penser que le premier racisme cité appartient au passé et qu’il a laissé place au second, orne fièrement la couverture. Ce « racisme anti-blanc » est fréquemment raccroché au « nouvel antisémitisme » dont les populations arabes ou musulmanes – décidément coupables de tous les maux - seraient les premiers responsables. Il ne me viendrait pas à l’idée de penser que le taux de mélanine dans la peau provoque ou immunise au racisme et je crois que le racisme est une opinion assez universellement partagée. Mais les auteurs traitant régulièrement et partout de ce sujet – tout en affirmant que « on n’en parle jamais » ou que « on n’a pas le droit d’en parler » – occultent le fait que, compte tenu de la composition de nos élites politiques et économiques, le « racisme anti-blanc » n’a aucune chance de se transformer en racisme d’État ou de s’inscrire dans les législations, contrairement au racisme touchant d’autres populations. Aussi sil est effectivement tout aussi grave et condamnable que les autres sur le plan des principes, il présente, en France, nettement moins de risques de développement ou de conséquences que ses autres formes. La phrase de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, déclarant au micro d’Europe 1 : « Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. » n’a jamais connu d’équivalent ciblant les populations « blanches » et émanant d’un aussi haut responsable français. Quoi qu’en disent les pourfendeurs hémiplégiques du « racisme anti-blanc », le racisme touchant les populations non-blanches paraît pourtant, dans leurs textes et interventions publiques, beaucoup moins grave que le racisme touchant des « Occidentaux ». La réaction d’Olivier Jay (relevé par Audrey Pulvar dans sa chronique du 7 mars sur France Inter), rédacteur en chef du Journal du Dimanche, interrogé sur Soir 3 par Francis Letellier sur les insultes antisémites que John Galliano proféra lors d’une bagarre à Paris, éclairent bien ce contexte intellectuel :

- Francis Lettelier : "Olivier Jay ce qui a marqué les défilés cette année, c’est John Galliano et ses propos racistes… après l’affaire Guerlain, ça fait beaucoup dans le milieu de la mode et du luxe, pourquoi dans ce milieu il se passe des choses comme ça ?

- Olivier Jay : An… an-antisémite, pas raciste hein, anti-sémite, c’est encore plus grave…

- Francis Lettelier : Ouais, ouais…

- Olivier Jay : Euuh, bon l’affaire Guerlain c’est c’est c’est… les péripéties de la vieille bourgeoisie française, c’est pas très reluisant… Galliano c’est la déchéance d’un homme quoi, c’est c’est… à la fois une descente aux enfers de quelqu’un qui a rénové la marque Dior et qui avait un talent exceptionnel et un talent déjanté et là il est d’une certaine manière allé au bout de son côté déjanté c’est… c’est un peu triste oui…

- Francis Lettelier : Oué, oué… antisémite ou raciste, ça se ressemble… malheureusement…

- Olivier Jay : Oui… oui… mais enfin c’est… beaucoup plus grave d’une certaine manière… ".

La supposée respectabilisation de Marine Le Pen n’est donc qu’un renoncement à l’antisémitisme ancestral du parti, bref à la forme de racisme jugée « la plus grave » par une partie du monde politique et médiatique. Elle lui a permis de se rapprocher de la droite dure sioniste qui, ayant pris le contrôle ou influençant des organisations autrefois positionnées sur le terrain de la lutte contre le racisme, peut s’appuyer sur une fausse image d’antiracisme et donc de respectabilité médiatique. Dans le même temps, le durcissement du discours ambiant antimusulman et le dévoiement récurent du concept de laïcité pour mieux attaquer les musulmans permettent à la dirigeante du FN de maintenir un discours stigmatisant les immigrés ou les Français noirs ou arabes sans qu’il dénote dans le contexte politique et médiatique actuel.

 

Parler de respectabilité nécessite de réfléchir de l’endroit d’où on parle. Médias, experts médiatiques et hommes politiques constatent que le discours de Marine Le Pen est désormais plus proche du leur qu’auparavant, eux qui – par définition ! – incarnent ce qui mérite le respect, et s’interrogent sur la sincérité du chemin qu’elle a parcouru.

 

Ils observent rarement qu’elle n’a fait qu’un pas dans leur direction et qu’eux en ont fait beaucoup dans la sienne. 

 

 

 

 

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ITK 28/03/2011 21:00


Je sais pertinemment que les Francs et les armées omeyyades n’ont pas grand-chose à s’envier lors des combats. En revanche, la civilisation arabo-musulmane qui a contrôlé des territoires allant de
l’Arabie à l’Espagne possédait une incontestable avance scientifique sur l’Occident européen de l’époque: césarienne et trépanation, navire à gouvernail, astronomie avec une terre ronde (même si le
système est géocentrique)… Les Arabes possédaient des traductions de textes grecs que les « Européens » perdu avec la division en deux de l’empire romain et plus encore avec la chute de l’empire
romain d’Occident.
De plus, au contact de la Perse, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique sud-saharienne, ou encore du monde romain d’Orient, ils avaient accès à un ensemble de découvertes qui a permis à cet espace de
développer une civilisation brillante. Philippe Sénac, qui est un spécialiste de l’Occident musulman et qui fut un de mes professeurs, disait qu’elle avait été la civilisation la plus brillante de
son temps. A l’époque, on travaillait sur les IXème-XIIIème siècles, c’est-à-dire sur la dynastie des Abbassides, et effectivement, cette période est considérée comme l’âge d’or du « monde musulman
». (Après, on peut en discuter en mettant en parallèle la civilisation arabo-musulmane et l’empire du milieu, mais ce n’est pas mon propos.)
A noter que dans les programmes d’histoire de cinquième, on parlait de « monde musulman » et que cette hérésie a disparu puisque l’on évoque, depuis cette année, les débuts de l’islam et les
premiers empires arabes.
Cela dit, pour en revenir à la dernière partie de mon premier post, c’était plus un trait d’humour remettant en cause un ethnocentrisme (en l’occurrence l’européanocentrisme occidental (Ca se dit
?)) qu’une assertion ayant valeur de vérité. J’aime bien dérangé les idées établies et la lutte pour faire reconnaître que Bagdad n’a pas toujours été la capitale en ruine d’un pays en guerre
commence généralement par ce liminaire.


CPPN 27/03/2011 17:57


Je reviens sur la seconde partie de ton post ITK.
Indiscutablement, la bataille dite "de Poitiers" (qui s'est probablement déroulée plus haut en France mais qu'importe) a été mythifiée dans le discours nationaliste et instrumentalisée à de
multiples reprises pour en faire une victoire d'un monde "blanc" et chrétien contre l'adversaire musulman. A titre d'exemple, le FN avait plusieurs de ces numéros de téléphone à destination des
militants qui se terminaient par 0732 et, lors d'une conférence de presse en 1998, Bruno Gollnisch ouvrit sa mallette à code en donnant son code à haute voix : 732 !
Dégonflé ce mythe n’est pas inutile, en rappelant que ce ne fut qu’une bataille parmi d’autres, qu’il n’existait pas à l’époque, pas plus qu’aujourd’hui, un monde chrétien unifié face à un monde
musulman unifié (les alliances entre seigneurs des deux camps contre tel ou tel rival et les guerres internes n’étaient pas rares) et que la victoire des troupes de Charles Martel, dont la violence
dans les batailles pour soumettre des provinces en France était bien connue, lui permit, dans la foulée, de soumettre à son autorité des territoires en Aquitaine contre des troupes qui n’étaient
absolument pas musulmanes.
Ceci étant dit, il ne me semble pas plus exact de considérer que les troupes de Charles Martel était des barbares et les cavaliers berbères des êtres civilisés. La bataille de Poitiers est
l’opposition de troupes aux ordres de dirigeants conquérants et pillards qui avaient simplement des vues sur une même terre à conquérir et je ne crois pas qu’ils avaient quoi que ce soit à s’envier
en matière de violence.


CPPN 27/03/2011 13:40


Il y a de nombreux exemples. Le premier qui me vient en tête c'est l'interview de Finkielkraut dans Ha'aretz le 19 novembre 2005 où le philosophe médiatique passait son temps à déclarer que les
noirs et arabes de France avaient une véritable haine pour, en vrac, la France, la République, les blancs et constellait son interview de "il est impossible, peut-être même dangereux de dire ces
choses aujourd'hui en France". Ce fut si dangereux pour lui qu'il ne perdit aucune de ces tribunes médiatiques et que Nicolas Sarkozy déclara que Finkielkraut "faisait honneur" à la France suite à
cette interview.
Dans son dernier bouquin, Goldnadel passe son temps à prendre la posture du dissident quand il parle du "racisme anti-blanc", comme s'il avait une position originale et anticonformiste. Je n’ai pas
retrouvé d’extraits précis mais je me souviens d’avoir entendu Zemmour jouer cette partition plusieurs fois, Pascal Bruckner également.
Quand, en avril 2009, le site d'extrême-droite "François de souche" diffusa une vidéo d'une agression dans un bus de la RATP en assurant qu'il s'agissait d'une illustration du "racisme
anti-français", Yvan Rioufol (éditorialiste au Figaro) se jeta sur le sujet pour dénoncer ceux qui avaient "peur des faits" ("La peur des faits", 8 avril 2009) alors même que la plupart des
journaux avaient parlé de l'affaire. Elisabeth Levy (Le Point, Marianne, Semaine critique sur France 2... etc.) expliqua sur le site Causeur.fr ("Cachez-nous donc ce bus que nous ne saurions voir",
10 avril 2009) que, là encore, les médias refusaient de voir le problème en refusant de parler de cette vidéo (ce qu'ils faisaient pourtant tous).
La victime de l'agression révéla dans une interview que ses agresseurs n'avaient pas, à sa connaissance, proféré d'insultes racistes, étaient surtout drogués ou ivres, et que certains d'entre eux
étaient "blancs". Bref, que ce cas monté en épingle, était tout sauf l'illustration du racisme "anti-blanc".


ITK 27/03/2011 11:43


Tu affirmes "Mais les auteurs traitant régulièrement et partout de ce sujet – tout en affirmant que « on n’en parle jamais » ou que « on n’a pas le droit d’en parler » [...].
Aurais-tu une ou plusieurs sources qui pourraient en attester?

De plus, il m'ait parfois arrivé de penser que la victoire de Charles Martel à Poitiers en 732 était celle de la barbarie sur la "civilisation"... je le pense de plus en plus souvent.


BFR 22/03/2011 10:47


Mais pourquoi diable, selon M. Jay, l'antisémitisme serait plus grave que le racisme ?