C'est pas la peine de noter !

Publié le par CPPN

Il m’arrive fréquemment de manger, le soir, en écoutant France Info.

 

Cette première phrase me permet de commencer ce blog de la plus inintéressante des manières ce qui me permet :

1)      De faire fuir les moins déterminés de mes lecteurs,

2)      De commencer très bas afin d’être en mesure de m’améliorer par la suite.

 

Or, sur France Info (parce que ma fracassante révélation liminaire servait également à poser le décor pour mieux parler de la suite), tous les soirs, le présentateur, Olivier de Lagarde, prend 30 secondes, juste avant de céder l’antenne à un nouveau présentateur, pour annoncer quelques titres avant de déclarer « voilà ce qu’il faut retenir de l’actualité du jour ». Ces titres sont généralement composés de faits divers, de l’annonce de l’agenda présidentiel ou parlementaire français, d’une ou deux petites phrases d’hommes politiques en vue (et des réactions à « la polémique »), de la météo et du foot.

 

C’est ce qu’il faut retenir. Le reste, ce n’est pas la peine.

 

Tous les soirs Olivier de Lagarde se met dans la position du professeur ou de l’instituteur qui indique à ses élèves ce qu’ils doivent noter dans leur cahier et ce qu’il est inutile d’écrire car ce n’est qu’une anecdote pour égayer le cours ou approfondir, un peu, le sujet. Vous vous souvenez de cette fameuse phrase : « C’est pas la peine de noter ! » ? A sa façon, Olivier de Lagarde nous fait le coup tous les soirs.

A une nuance près cependant.

Et une nuance de taille.

Quand le prof ou l’instit’ nous disait de ne pas noter, c’était parce qu’il allait nous fournir une information ou un élément dont il n’était, certes, pas indispensable de se souvenir mais dont il espérait qu’on se souviendrait quand même, voire que cela nous donnerait envie de creuser le sujet par nous-mêmes. Olivier (je mange en l’écoutant suffisamment souvent pour l’appeler par son petit nom), lui, nous dit plutôt : « Comme ce n’est pas la peine de noter, ce n’est même pas la peine que je vous en parle et il n’est pas non plus nécessaire que vous cherchiez à en savoir plus ». Et c’est logique puisque les scores de Ligue 1, la dernière déclaration de Sarkozy et la réponse du PS et l’alerte fuchsia de Météo France sur le Lubéron forment ce qu’il faut retenir de l’actualité, le reste, il ne faut pas le retenir. Ca ne sert à rien. Et puis, de toute façon, ça ne vous intéresse pas. Car Olivier, comme d’autres dans sa position, sait ce qui vous intéresse ou non.

 

Ca vous sert à quoi de savoir ce qui se passe au Niger ? En Géorgie ? Au Venezuela ou au Soudan ? Comme l’a bien dit Jean-Pierre Pernault : «Vous voulez des nouvelles sur le Venezuela ? Regardez la chaîne vénézuélienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africaines. » (cité par Télérama le 9 décembre 1998).

 

Bon, il se peut, parfois, que l’actualité internationale oblige (mais il faut vraiment qu’on n’ait pas le choix) à parler de ces pays. Mais dans ces cas là, nous avons tellement de retard à rattraper sur le contexte politique du pays (en même temps, c’est notre faute, nous passons notre temps à nous focaliser sur le foot, la météo et les petites phrases politiciennes françaises) qu’on nous en parle en termes très simples. On dépêche souvent quelques experts spécialisés dans le fait de parler simplement et accessoirement (ce n’est pas obligatoire) qui s’y connaissent un peu sur le pays et un journaliste leur tend le micro pour leur demander : « que faut-il en penser ? », « que faut-il comprendre ? ». Là aussi, ça tient en trois phrases permettant souvent d’identifier un camp globalement gentil et un camp globalement méchant. La Thaïlande lors de sa crise institutionnelle avait eu le bon goût d’opposer les « rouges » aux « jaunes » ce qui facilita grandement le travail des commentateurs. C’était simple, c’était festif, on aurait dit une baston entre supporters de foot. Tout à leur joie, beaucoup, sans doute distraits, oublièrent de nous préciser à quoi correspondaient ces fameux camps colorés.

 

Tous les jours ou presque, je grince des dents en entendant un éditorialiste pérorer sur ce qu’il faut penser, ce qu’il faut retenir, ce qu’il faut comprendre. Tous les jours ou presque, je m’énerve sur des experts spécialisés en tout pontifiant sur des sujets importants, mais en n’y répondant que via des questions mal posées, des problématiques biaisées, en utilisant des mots aux lourds sous-entendus idéologiques qu’on banalise comme si c’était la seule façon de voir le problème. Alors, comme ce n’est pas bon de garder ses colères à l’intérieur et que je n’ai pas envie de faire un ulcère, j’ai décidé de m’ouvrir de ces agacements sur ce blog. Ca ne vous intéressera peut-être pas, vous ne reviendrez peut-être plus jamais ici pour lire quoi que ce soit, mais ça va me calmer et faire baisser ma tension. Et avouez qu’en ces temps où on nous assène tous les jours que les organismes sociaux coûtent trop cher et que les Français dépensent trop pour leur santé, c’est déjà un bon début.

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BFR 20/02/2011 21:40


Moi je n'écoute pas la radio, mais je suis bien content : tu as fini par ouvrir ce blog ! On dit ouvrir ? Monter ?
N'importe ! Je profite pour commencer par/commenter ce détail :

>qu’on nous en parle en terme très simple

"en termes" est toujours au pluriel.


Sur le fond, en revanche, rien à redire, je vais rattraper mon retard et lire le reste dans les jours à venir !


cultive ton jardin 06/02/2011 09:32


Moi, j'écoute France Info le matin au réveil. C'est pas ma faute, c'est la seule station correctement captée (et encore) par mon radio réveil pourri premier prix. Et, contrairement à toi, j'y
déniche quelquefois une info qu'il faudrait noter, car elle ne sera pas répétée, ou alors répétée différemment dans les éditions suivantes (j'écoute également France Info, mais là j'ai aucune
excuse, au volant de ma voiture).

J'irais pas jusqu'à dire que ce sont des infos révolutionnaires, mais juste parfois un peu décalées par rapport à la soupe qui nous est habituellement servie. Ce qui est peu, mais pas rien quand
même.

Je devrais pas parler comme ça de la soupe, c'est un plat très sain et très naturel, contrairement à ce qu'on nous sert précisément sur France Info et ailleurs.

J'aime bien le ton de ton blog (c'est la gloire d'être déjà répertorié par rezo.net!) et j'y reviendrai.


PL 17/01/2011 14:42


Ça fait longtemps que je fais le même constat sur la médiocrité des conducteurs des journaux radiophoniques (moi, c'est France Inter). On pourrait faire une étude de la manière dont ils
hiérarchisent l'info, c'est consternant...